La médiation scientifique sous l’œil des experts
À Villeurbanne, a eu lieu le 31 mai le Forum des nouvelles initiatives de médiation scientifique (NIMS) organisé par le CNRS et France Universités. L’occasion pour les professionnels de la médiation scientifique de réfléchir ensemble aux enjeux de leurs métiers et à leurs pratiques.
Cette année, le Forum des nouvelles initiatives de médiation scientifique (NIMS) a recentré le débat : au-delà d’un échange de bonnes pratiques et de nouvelles idées pour partager les sciences à différents publics, les discussions ont porté sur la médiation scientifique elle-même. Quels sont ses objectifs ? Peut-on analyser l’évolution des pratiques ? identifier les limites des dispositifs ? Organisée par le CNRS et France Universités
Toute la matinée a été consacrée à une question centrale : la médiation scientifique met en valeur la recherche mais qu’en est-il de la recherche dont le sujet est la médiation scientifique ? « L’évaluation de nos pratiques et de nos dispositifs est nécessaire, d’autant plus s’ils sont issus d’une politique publique », indique le professeur Jean-Claude Ruano-Borbalan, titulaire de la chaire médiation des techniques et des sciences en société et directeur du laboratoire HT2S
Comprendre les pratiques de médiation
Que ce soit pour un jeu de plateau sur le changement climatique, des projets d’informatique débranchée – qui s’efforce de transmettre des notions de science informatique sans machine numérique – ou des ateliers participatifs, les questions se ressemblent : comprendre si et comment la médiation fonctionne, ce que retient chaque public, si les objectifs spécifiques de chaque action sont atteints. Au-delà, les actions de médiation des sciences peuvent-elles pousser à l’action, comme dans le cas du jeu ClimaTicTac ? Dans quelles conditions un dispositif co-construit avec le public sera-t-il efficace et adopté par les médiateurs ? Pour répondre à ces questions, des experts en didactique, psychologie sociale, épistémologie ou encore pédagogie sont indispensables. Le réseau ReMédiS, mais aussi le cycle de conférences « épistémologie & communication scientifique » des Archives Henri-Poincaré – présent sur les stands qui accompagnaient les conférences (voir encadré) –, créent ainsi des occasions de rencontres et d’échanges sur ces sujets.
Certaines actions de médiation s’intéressent particulièrement à la diffusion de la méthode scientifique. L’axe 2 du Forum des NIMS y était dédié. Les intervenants et intervenantes ont partagé plusieurs dispositifs permettant d’expliquer et, surtout, de faire expérimenter au public cette méthode scientifique, cœur de la recherche. « Faire appréhender la méthode scientifique est primordial aujourd’hui. Elle est comme le code de la route pour conduire convenablement. Elle permet de développer l’esprit critique des publics, afin qu’ils fassent la différence entre un fait scientifique et une opinion », atteste Johan Langot, directeur général de l’association Instant Science, venu présenter un projet d’escape game en préparation avec le CNRS.
Des exemples variés d’actions et dispositifs efficaces
En complément des trois questions centrales de la journée, plusieurs dispositifs ont pu être présentés par leur porteurs et porteuses via des stands. Par exemple, avec l’exposition « Demain, mais en mieux ! », la science s’invite dans un lieu où on ne l’attend pas : le festival des mondes de l’imaginaire Yggdrasil, qui se tient chaque année à Lyon sur deux journées en février. Le public est invité à visiter les coursives d’un vaisseau spatial qui s’apprête à décoller pour aller exposer à une autre civilisation ce dont l’humanité pourrait être fière, à l’heure de se présenter pour la première fois : l’occasion pour des scientifiques du CNRS, du CNES, de l’ESA, du CEA, d’INRAE, d’Iter
Escape games, science participative, expériences en classe en lien avec les professeurs, boîte à métier de la recherche publique, exposition virtuelle… Les formats possibles sont nombreux pour mettre les participants et participantes en situation de recherche, leur faire vivre une aventure et aller chercher un public pas forcément acquis. De multiples opportunités, mais qui demandent du temps : « Avec l’opération de science citoyenne “Derrière le blob, la recherche”, nous avons accompagné 15 000 volontaires sur toutes les étapes de la recherche : de la question scientifique – l’effet du changement climatique sur cette espèce étrange qu’est le blob – à la publication, en passant par poser des hypothèses, établir un protocole, faire l’expérience puis son analyse. », détaille Audrey Dussutour, directrice de recherche CNRS au Centre de recherches sur la cognition animale
Le patrimoine, une richesse négligée
Une dernière table ronde a rassemblé trois exemples de valorisation du patrimoine scientifique – un vecteur de médiation scientifique encore peu utilisé – issus de trois universités. Témoins directs de la méthode scientifique, les instruments scientifiques anciens dorment parfois au fond des laboratoires, et le savoir-faire unique qui a mené à leur conception et réalisation se perd. À l’Université de Rennes 1 et à Sorbonne Université, des collections ont été sauvegardées et sont régulièrement mises en valeur, que ce soit en tant que support d’enseignement pour les étudiants et leurs professeurs, ou comme objet traduisant l’histoire des sciences et techniques auprès du grand public. Quelques pièces restent des « objets scientifiques non identifiés » ou appuient des recherches scientifiques. À Lyon, c’est un musée des moulages qui rassemble des collections archéologiques ou d’histoire de l’art. Un stand présentait aussi le portail présentant les collections scientifique, artistique, architecturale de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour. Tous ces patrimoines matériels et immatériels sont l’occasion d’actions de médiation scientifique (expositions, animations, ateliers avec des étudiants, dispositifs arts & sciences, etc.) voire permettent de former des étudiants en médiation culturelle ou scientifique. Cependant, l’ensemble des intervenants a fait état d’une inquiétude quant à l’état de leurs réserves, surchargées, mal cataloguées, difficiles à valoriser. « Avec nos étudiants, nous utilisons aujourd’hui les mêmes démonstrations qu’il y a 300 ans, avec des instruments plus ou moins anciens. Mais nous utilisons moins de 10 % de notre réserve. Nous prévoyons de rénover certaines pièces, de toutes les photographier et documenter, et d’en mettre en valeur par des vidéos. Mais il faudra bientôt faire un tri difficile car la collection grossit », témoigne Jean-Michel Courty, professeur de physique à Sorbonne Université et également lauréat de la médaille de la médiation scientifique du CNRS 2021.
Réussites, inquiétudes, introspection et partage… En s’intéressant aux pratiques de médiation scientifique elles-mêmes, cette édition du Forum des NIMS était en droite ligne du premier appel à projets de l’Agence nationale de la recherche (ANR) dédié à la thématique « Médiation et communication scientifiques ». Lancé en 2021, il a sélectionné des projets courts de type Recherche-Action sur l’impact des actions et les avantages et obstacles à la médiation et à la communication, dans le cadre la feuille de route ministérielle Science avec et pour la société.
La journée s’est clôturée avec la finale nationale du concours de vulgarisation scientifique MT180.
[REPLAY] Forum des nouvelles initiatives en médiation scientifique 2022
La 6ème édition du Forum des NIMS 2022, organisé par le CNRS et France Universités, s’est attaché à remettre la question de la démarche scientifique au cœur de la médiation et à différentes échelles. L'objectif était de réfléchir ensemble à ces enjeux, les questionner, ainsi qu’à décrypter et partager les projets avec celles et ceux qui les portent.