Mouv’ en Santé : Le CNRS évalue la condition physique de tous et toutes
Le 17 mars 2025, dans l’héritage des Jeux olympiques et paralympiques, le CNRS a lancé la plateforme de recherche participative Mouv’ en Santé pour mieux connaître l’état de la condition physique de la population en lien avec les modes de vie. Les porteurs du projet reviennent sur les enjeux de cette expérience inédite en France.
Quel est l’état de la condition physique en France aujourd’hui ?
Olivier Rey
Vincent Nougier
Ce qui est délétère, c’est la combinaison de la sédentarité et de l’inactivité physique, estimée par l’OMS à moins de 150 minutes d’activité physique par semaine. À cette combinaison s’ajoute un éventail de facteurs, dont Mouv’ en Santé s’efforcera d’expliquer les intrications : l’alimentation, le sommeil, le temps d’exposition aux écrans, les déplacements motorisés ou actifs, etc.
Éric Journaux
Comment est née Mouv’ en Santé ? Pourquoi ce choix de la science participative ?
VN : Lors de la crise de la Covid-19 et du confinement, j’ai vu un certain nombre de collègues lancer des recherches sur le sujet. Alors chargé de mission Sport au CNRS, j’ai jugé qu’il fallait capitaliser sur ces projets épars en les fédérant. Cette crise passée, a émergé l’idée de Mouv’ en Santé , tournée vers le sport santé quand la plupart des recherches du domaine portaient, en vue des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de Paris 2024, sur le sport performance.
Pour lors, le projet est financé – à 90 % pour le CNRS et à 10 % dans le cadre de la Grande cause nationale
OR : On a pu le constater à chaque précédente édition des JOP : les injonctions à bouger trente minutes par jour ne durent pas dans le temps. Or, la science participative donne un sens à cette question : avec Mouv’ en Santé, il ne s’agit pas que de remplir des questionnaires, mais également d’obtenir des retours et recommandations adaptés à sa propre condition physique. Par ailleurs, les participants pourront se réunir en groupes d’intérêt thématiques, échanger et proposer des observations innovantes et des programmes et leur suivi.
De la sorte, nous espérons toucher toute la population française, des plus jeunes aux seniors et des citadins aux ruraux, avec ou sans affection de l’état de santé. Pour nous rapprocher des gens qui ne font pas toujours d’activité physique quotidienne, nous comptons toucher les centres médicaux, les Ehpad, les quartiers populaires ou encore des territoires ruraux pour, à terme, proposer des tests et questionnaires sur place.
EJ : Mouv’ en Santé s’inscrit dans l’héritage des JOP, qui ont été l’occasion de faire du sport une Grande cause nationale en 2024. Nous espérons profiter de l’engouement autour des Jeux et de la science participative, qui fait du citoyen l’acteur de sa propre évolution, pour obtenir un effet boule de neige : nous visons le million de participants à l’enquête d’ici trois ans et probablement trois à quatre fois plus de personnes sensibilisées dans leur entourage à ces questions.
Nous avons déjà pu mesurer l’attrait de Mouv’ en Santé lors de sa présentation publique, à l’aide de quelques tests de démonstration, sur le stand du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, soutien de ce projet, au club France, lequel a accueilli plus de 15 000 personnes durant ses 27 jours d’ouverture pendant les JOP.
Quelles disciplines scientifiques sont susceptibles de s’intéresser aux données collectées ?
VN : Mouv’ en Santé se veut participatif aussi bien pour la population française que pour la communauté scientifique. Les questions scientifiques y sont multiples et les données récoltées susceptibles d’intéresser la communauté scientifique largement. L’ensemble des scientifiques intéressés par la dégradation de la condition physique sont les bienvenus ! Les éclairages apportés par chacune des disciplines permettront de croiser les points de vue pour résoudre ce problème multifactoriel et générer de nouvelles questions de recherche.
OR : L’aspect pluridisciplinaire est au cœur du projet, car la santé se compose de plusieurs facteurs. Elle ne peut être comprise que de manière holistique puisque issue d’une interaction entre l’individu et un environnement, donc la rencontre de deux complexités. À travers cette enquête, nous souhaitons établir des liens au sein de ce système pour mieux comprendre l’état de santé des Français et ses déterminants.
Les recherches sur le sport et l’activité physique au CNRS
L’enquête Mouv’ en Santé s’inscrit dans le cadre du groupement de recherche (GDR) Sports et activités physiques, créé en 2018 par le CNRS. Ce GDR a pour vocation de fédérer l’ensemble des acteurs dans une perspective de recherche pluri- et interdisciplinaire autour de toutes les recherches concernant le sport, aussi variées que les questions de matériaux, d’économie ou de psychologie, de haute et très haute performance ou d’activité physique. Depuis cinq ans, le GDR a mis en place un programme varié d’animation de sa communauté via des webinaires, des écoles, des rencontres et autres manifestations scientifiques. Depuis début 2024, ce GDR, porté par la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires, a renouvelé ses axes de recherche : « Facteurs humains et sociaux de la haute performance », « Sports, santé et bien-être », « Sports et éducations » et « Sports, territoires et emplois ».