Tokyo : plusieurs laboratoires internationaux ont répondu à des appels à projet sur le COVID-19
Jacques Maleval, directeur du bureau du CNRS en Asie du Nord-Est, basé à Tokyo au Japon, explique comment la région fait face à la pandémie du COVID-19 et détaille la mobilisation de certains laboratoires CNRS sur place.
Vous coordonnez les actions du CNRS au Japon, à Taiwan et en Corée du Sud. Comment s’est effectué le recensement du personnel CNRS sur l’ensemble de cette région touchée avant l’Europe ?
Jacques Maleval : Le bureau du CNRS à Tokyo a participé à la mobilisation générale du CNRS — gouvernance, cellule de crise, directions, instituts, délégations, unités de recherche — notamment en recensant les chercheurs présents dans la zone afin d’identifier d’éventuelles situations critiques et d’y répondre, d’informer sur les mesures spécifiques prises dans ces pays et de rappeler que le bureau est un relais local important en cas de besoin.
Avec le concours des directeurs de sept International Research Laboratories (IRL)
Fort heureusement, nous ne connaissons pas de situation critique actuellement. De nombreux chercheurs en mission de courte durée avaient été contraints d’annuler leurs projets puisque l’Asie de l’Est constituait le premier foyer de la pandémie. Quant à ceux en détachement de longue durée ou aux personnels affectés, la gestion rigoureuse de la crise dans les pays concernés, où l’épidémie semble être contrôlée, ne les a pas incités à revenir en France de manière prématurée. Certains agents en séjour de courte durée ont même décidé de demeurer dans la zone afin de poursuivre leurs recherches et d’éviter le confinement généralisé en Europe.
Les pays de l’Asie du Nord-Est semblent avoir réussi à endiguer la progression de la pandémie, même si samedi dernier, le Japon semblait entrer dans une nouvelle phase, qualifiée de « situation critique » par son premier ministre Shinzo Abe.
J. M. : En effet, de par leur proximité avec la Chine, les trois pays d’Asie du Nord-Est – Japon, Taiwan et Corée du Sud – se sont trouvés aux premières loges de la pandémie. Leur réaction rapide a pour l’instant permis d’éviter l’explosion de cas sur leurs territoires respectifs, d’une manière différente pour chacun d’entre eux, mais sans que des mesures de confinement soient nécessaires à ce stade. Taiwan constitue sans doute un modèle au niveau mondial par sa réactivité, qui s’est traduite par une stricte maîtrise des cas, en dépit d’une légère résurgence due à des retours de l’étranger. La Corée du Sud, elle, a réagi de façon très dynamique à une accélération du nombre des cas par un dépistage à grande échelle et une mobilisation générale.
Quant au Japon, le civisme des Japonais a permis de contenir la progression de la pandémie, mais nous assistons à une progression inquiétante depuis une dizaine de jours.
Il est bien trop tôt pour en tirer des conclusions, mais deux facteurs ont vraisemblablement joué en faveur de ces pays : la mémoire encore vive des épidémies du SARS et du MERS et l’intégration dans la culture locale des mesures de distanciation sociale, comme le port du masque – pratique courante en hiver, un niveau d’hygiène élevé, ou des salutations sans contact physique.
Le CNRS est très impliqué dans cette région, et certains de nos laboratoires et scientifiques ont déjà répondu à des appels à projets COVID.
J. M. : Oui, nous avons recensé deux actions principales. Anthony Genot, chercheur au LIMMS
De son côté, l’Institut français de recherche sur le Japon, installé dans la Maison franco-japonais (l'IFRJ-MFJ) aussi à Tokyo, poursuit des recherches en sciences humaines et sociales, et est partenaire du projet "Le COVID-19 au crible de la grippe : sociologie et histoire d'une mobilisation de crise sanitaire" déposé dans le cadre de cet appel flash de l’ANR. Ce projet est coordonné par Anne Rasmussen, directrice d’études à l’EHESS et directrice du Centre Alexandre Koyre.
Par ailleurs, l'IFRJ-MFJ a mis en ligne un site d’information proposant une visualisation cartographique des données japonaises concernant la propagation du COVID-19, une revue de presse présentant les analyses et résultats de chercheurs sur la pandémie et les politiques de santé associées, ainsi que des articles évaluant les implications économiques et sociales de la crise sanitaire ou offrant une perspective historique.
Le LIMMS et l'IFRJ-MFJ sont deux des six IRL que le CNRS a mis en place au Japon, en partenariat avec des institutions de recherche d’excellence, dont l’université de Tokyo. Le Japon est le pays au monde dans lequel le CNRS a le plus investi dans la structuration de projets de coopération internationaux, avec au total plus de 30 projets, réseaux et laboratoires internationaux
Cette recherche locale s’organise-t-elle aussi pour lutter contre la pandémie ?
J. M. : À l’instar des autres grandes nations scientifiques, les instituts de recherche, les universités et les acteurs de la recherche se mobilisent tous azimuts pour lutter contre la pandémie avec le soutien des agences de financement : programmes d’épidémiologie, études sur les méthodes de diagnostic, le développement de traitements et de vaccins. Des essais cliniques ont également été lancés pour évaluer l’efficacité de molécules existantes. Par ailleurs, l’institut de recherche Riken a annoncé avoir développé un test de dépistage dont le résultat peut être obtenu en 30 minutes seulement