Trois choses à savoir sur Ebola
Depuis mai 2026, une épidémie causée par le virus Bundibugyo (Ebola) touche la République démocratique du Congo et l'Ouganda, provoquant en quelques mois 2000 victimes. Étienne Decroly, directeur de recherche au CNRS, virologue et spécialiste des virus émergents, nous explique les enjeux autour de ce virus connu depuis 50 ans.
1. Ebola comprend plusieurs espèces de virus. Cette diversité complexifie la prise en charge des malades.
Le virus Ebola a été identifié en 1976 près de la rivière Ebola en République démocratique du Congo. Il appartient à la famille des filovirus, découverte quelques années plus tôt à Marburg en Allemagne suite à l'importation de singes verts d'Ouganda, qui avaient transmis le virus au personnel de l’animalerie. Plusieurs épidémies du virus Ebola ont eu lieu, dont la plus importante en 2014-2016 qui a entraîné 11 000 décès. Ebola dérégule la réponse immunitaire, entraînant une inflammation multiviscérale associée à des fièvres hémorragiques souvent mortelles.
Ebola est en fait une famille de virus qui comprend Zaïre, Soudan, Taï Forest, Reston et Bundibugyo. Ces virus sont des espèces différentes, apparentées mais comportant des divergences génétiques importantes. Les tests PCR usuels et les tests antigéniques rapides (à l’aide de bandelettes) standards permettent de reconnaître principalement les virus Zaïre et Soudan. L’absence de test large spectre est une difficulté dans la mesure où la rapidité et la spécificité du diagnostic sont essentiels pour identifier le début de l’épidémie et contrôler leur progression.
Nous manquons de médicaments pour traiter ces virus. Les chercheurs espèrent trouver des solutions combinant anticorps et antiviraux. En effet il est maintenant bien établi que les multithérapies limitent le risque de mutation des virus et augment l’efficacité thérapeutique pour le traitement de nombreux virus. Des anticorps thérapeutiques ont déjà été développées pour combattre les virus Zaïre et Soudan, mais leur efficacité est le plus souvent restreinte sur le virus Bundibugyo. Quelques molécules antivirales, limitant la réplication du virus in vitro, sont en cours d’évaluation clinique. Aujourd’hui notre principale arme thérapeutique sont des traitements dits « de support », qui ne ciblent pas le virus mais permettent à l’organisme de maintenir les fonctions vitales pendant le pic de la maladie.
Aujourd’hui, grâce aux travaux de recherches vaccinales, il existe un vaccin pour le virus Zaïre, qui se révèle efficace notamment dans des programmes de vaccination concentriques (qui consistent à cibler les personnes les plus exposées au virus puis à élargir progressivement la vaccination) : il limite la progression de l’épidémie. Toutefois son efficacité sur les autres espèces d’Ebola n’est pas établie.
Face au virus Bundibugyo qui sévit actuellement en Afrique, il n’existait au moment de l’émergence récente, ni tests de diagnostic, ni anticorps thérapeutiques, ni vaccin. Les chercheurs doivent adapter les diagnostics et les traitements afin d’être en mesure de lutter contre les différentes espèces d’Ebola. Ces recherches sont longues et laborieuses, en raison de protocoles de bio-sécurité (BSL4), nécessaires pour la recherche. Parallèlement l’investissement dans la recherche fondamentale sur les dérégulations de la réponse antivirale induite par l’infection est nécessaire pour les développements thérapeutiques.
2. La présence en Afrique subsaharienne fait du virus Ebola un défi médical et sociétal.
Le virus Ebola se transmet par contact rapproché, par les fluides corporels : salive, sueur, sperme, microgouttelettes, mais aussi par le sang et les vomissements. Cette transmission par contact rapproché facilite le contrôle des risques de contamination, à condition d’isoler les personnes malades.
Quelle que soit l’espèce d’Ebola, la propagation de la maladie est exponentielle et rapide entre autres car le délai entre l’exposition au virus et les premiers symptômes est court. Le nombre de malades double toutes les semaines, ce qui explique les flambées épidémiques. Aussi limiter la propagation du virus Ebola repose sur le système de détection précoce, d’isolement des malades et de soins. Le personnel de santé est par conséquent très exposé et a besoin de matériel de protection.
Pour des raisons géopolitiques et culturelles, la prise en charge des malades est complexe en Afrique. La population hésite à se rendre dans les hôpitaux, souvent associés à la mortalité dans la conscience collective. Réaliser des tests en brousse s’avère difficile et long. Les machines subissent des pannes électriques, même dans les villes. Les zones de conflits limitent l’accès aux foyers épidémiques et dispersent la population pouvant être contaminée.
Les équipes soignantes sont également confrontées à une difficulté liée aux us et coutumes : les rites funéraires incitent les personnes présentes à toucher les défunts. A l’encontre des restrictions médicales, des hôpitaux ont parfois été attaqués pour récupérer les corps des proches. Les risques de santé doivent être expliquées à la population, afin qu’elle accepte de cesser certaines pratiques le temps de l’épidémie.
3. La recherche autour de virus zoonotiques tels qu’Ebola est un enjeu mondial.
Les réservoirs (probablement des chauves-souris) et les hôtes intermédiaires d’Ebola sont présent en Afrique sub-saharienne. Les mammifères présents dans les forêts porteurs du virus peuvent le transmettre aux humains. On parle de maladies zoonotiques liées à des infections transmissibles naturellement entre les animaux et l’homme. La déforestation et l’accroissement de la population favorisent les contacts entre les animaux et la population humaine et augment les risques zoonotiques. Jusqu’à présent les épidémies d’Ebola ont toujours été contrôlées : le virus ne s’est pas adapté pour devenir un virus humain.
D’autres maladies zoonotiques existent, notamment celles transmises par les moustiques (Dengue, Chikungunya, Zika…) qui colonisent le pourtour méditerranéen et l’Europe. Aujourd’hui les cas sont limités en France métropolitaine est d’environ 5000 cas importées par ans. Par ailleurs, on dénombre une centaine de transmission autochtone chaque année en raison du réchauffement climatique qui a favorisé l’implantation des moustiques vecteurs d’agents pathogènes sur le pourtour méditerranéen. Depuis une vingtaine d’année, les chercheurs étudient et anticipent ces modifications des écosystèmes favorisant l’émergence de nouvelles maladies.
La santé publique est aujourd’hui un problème global, à l’échelle de la planète. Les chercheurs travaillent sur les maladies zoonotiques, leurs causes de même que les traitements et les vaccins. La propagation exponentielle de maladies telles que Ebola nécessite des mesures de contrôle qui passent par l’isolement des malades et le déploiement de programmes de vaccination concentriques (lorsque les vaccins sont disponibles) et par conséquent des décisions politiques fortes. La lutte contre de tels virus est un problème de santé globale et nécessite des mesures coordonnées permettant le contrôle des épidémies locales afin d’éviter l’adaptation du virus aux humains propice à l’apparition de nouvelles pandémies.
Étienne Decroly est directeur de recherche CNRS au CNRS dans le laboratoire Architecture et fonction des macromolécules biologiques (AFMB) de l’Université d’Aix-Marseille. Il est un acteur clé de la recherche sur les virus émergents, combinant biologie structurale, virologie et conception de stratégies antivirales, avec des publications récentes qui avancent la compréhension moléculaire de ce pathogène.
A voir, à lire sur le même sujet
L’article de CNRS Le Journal : Pandémies : l’éternel retour | CNRS Le journal
- L’article de CNRS Le Journal : « L’humanité a toujours vécu avec les virus » | CNRS Le journal