Classement de Shanghai 2020 : La recherche française progresse
L’arrivée de la nouvelle Université Paris-Saclay en 14e position du classement de Shanghai récompense les efforts de l’ESR français qui, depuis 2015, crée de grandes universités d’excellence reconnues à l’international. Un effort largement soutenu par le CNRS.
Cette année, Paris-Saclay a porté haut les couleurs des établissements de l’ESR français à l’international en se classant à la 14e place du classement de Shanghai 2020. C’est la première fois qu’un établissement français se distingue dans les 15 premières grandes universités mondiales. Ce classement permet également à l’établissement expérimental - qui regroupe depuis novembre 2019 les composantes universitaires de l’ancienne Université Paris-Sud, l’Ecole normale supérieure Paris-Saclay, AgroParisTech, CentraleSupélec et l’Institut d'optique et deux universités membres associés l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et l’Université d'Evry Val-d'Essonne – de devenir la 3e université européenne du classement après les anglaises Oxford et Cambridge.
« L’Université Paris-Saclay a su tirer parti d’un regroupement d’établissements de haut niveau déjà présents sur site ou qui l’ont rejoint. Cela a permis de rendre explicites les capacités et les forces existantes à la fois au niveau de la structure et au niveau des collaborations scientifiques », note Astrid Lambrecht, directrice de l’Institut de physique du CNRS et directrice scientifique référente
La recherche en classement
Car la recherche est ce qui intéresse avant tout le « Academic Ranking of World Universities (ARWU) », nom officiel de ce classement, fondé en 2003 en Chine par Shanghai Jiao Tong University (SJTU) pour clarifier le paysage de l’éducation supérieure et de la recherche mondiale, et visant initialement un public national. Il se base sur le nombre de Prix Nobel et de médaillés Fields parmi les anciens élèves et les chercheurs de l’établissement, le nombre de chercheurs les plus cités dans leurs disciplines, le nombre d’articles publiés dans les revues Nature et Science, le nombre d’articles indexés dans Science Citation Index et Social Sciences Citation Index, et la performance académique de l’institution. Décrié par une partie de l’ESR français – car les critères sur l’enseignement sont relayés au second plan – ce classement reste « un indicateur clair, et il nous faut des indicateurs, » rapporte Stéphanie Thiébault, directrice de l’Institut Ecologie Environnement du CNRS. « C’est positif pour l’attractivité, l’indication que l’enseignement et la recherche sont de bonne qualité. » Un avis partagé par Astrid Lambrecht, qui indique que, même s’il reste « très généraliste » et « tient peu compte des spécificités », c’est « une évaluation disponible pour tous, compréhensible à l’étranger qui donne des repères aux étudiants ». Car partout dans le monde, la recherche se fait principalement dans les universités. Mais en France, même si elle se fait aussi sur les sites universitaires, elle se fait en partenariat avec des organismes comme le CNRS, qui affectent chercheurs, ingénieurs et techniciens à plein temps.
Une progression française remarquée
Avec ses 23 places gagnées
Cette nouvelle reconnaissance des classements internationaux est notamment le fruit des nouveaux modèles d’universités françaises créées entre 2015 et 2020. Elles font suite à la politique des Initiatives d’excellence (Idex) et des Initiatives sciences, innovation, territoires, économie (I-site) dans le cadre du programme d’investissement d’avenir (PIA) de 2010. L’objectif : faire émerger des universités pluridisciplinaires de rayonnement mondial à la puissance scientifique de premier plan par des regroupements territoriaux d’universités et grandes écoles. Un objectif pour lequel le CNRS collabore sur le terrain. « Dès le départ des PIA, le CNRS a contribué à la structuration des regroupements et il souhaite rester un partenaire fort en apportant ses forces et sa vision nationale et internationale », rapporte Astrid Lambrecht.
Sur le terrain le dispositif DSR/ADSR/DR mis en place par le CNRS soutient la mise en œuvre de la politique de l’université en collaboration avec l’organisme. « Nous avons par exemple réalisé une cartographie des laboratoires partagés avec l’université Toulouse III – Paul Sabatier
Une mesure forte
Pour rendre encore plus lisible l’ESR français à l’international, le CNRS a notamment demandé, depuis 2019, à ses chercheurs de référer leur université et non plus l’organisme en tutelle principale sur leurs publications. « C’est important. Nous nous sommes mis d’accord avec l’université pour qu’elle soit toujours l’adresse de référence et pour le rappeler auprès des directeurs d’unité CNRS », ajoute Jacques Maddaluno. Cela a permis notamment à l'Université Paris Saclay d'augmenter de moitié le nombre de ses publications scientifiques (lire notre entretien avec Sylvie Retailleau, Présidente de l’Université Paris-Saclay, ci-dessous).
En plus de Paris-Saclay, deux autres universités françaises rejoignent le top 50 du classement de Shanghai. C’est le cas de l’université Paris-Sciences-et-Lettres
« Le modèle français s’est construit avec des petites universités installées sur tout le territoire - ce qui est important pour le développement régional, » indique Stéphanie Thiébault. « Mais nous n’avions que peu de vision de ce qu’est un campus universitaire de rang mondial. Cela commence avec Paris-Saclay. Il faudra encore du temps pour que ces nouvelles universités nées des regroupements d’établissements de l’ESR se distinguent, mais ça commence ».
« L’Université Paris-Saclay ne serait pas ce qu’elle est sans le CNRS »
Entretien avec Sylvie Retailleau, Présidente de l’Université Paris-Saclay.
L’Université Paris-Saclay a pris la 14eme place du prestigieux classement de Shanghai 2020. Comment expliquez-vous cette réussite ?
Sylvie Retailleau : C’est avant tout la reconnaissance d’une histoire scientifique de communautés qui a débuté dans les années 50, notamment avec l’arrivée d’Irène et Frédéric Joliot-Curie
Pour vous donner un exemple, nous sommes aujourd’hui premiers en mathématiques dans le classement thématique de Shanghai. Cette première place, c’est notamment l’Institut de mathématique d’Orsay
En regroupant tout ce monde - les composantes universitaires, les 4 écoles membres - l’Ecole normale supérieure Paris-Saclay, AgroParisTech, CentraleSupélec et l’Institut d'optique – nous avons pu accentuer cette collaboration et rassembler des personnes qui ne se connaissaient pas, développer des stratégies communes au sein de structures de coordination (comme les Graduate schools) ou communautés scientifiques et tutelles construisent dans un vrai dialogue. C’est cette communauté scientifique qui a fait le top 20 du classement de Shanghai cette année.
Vous avez mentionné la particularité du système de l’ESR français. A quelles difficultés font face les établissements de l’ESR français en terme de perception internationale ?
S.R. : Je retournerais la question en demandant pourquoi l’ESR français est mieux perçu à l’international qu’au niveau national. Nous avons en France ce problème d’universités mal aimées qui sont plus connues et reconnues à l’étranger. Certes le système de l’ESR français est compliqué et il faut le rendre plus lisible et plus visible, mais ne croyez pas non plus que tout est plus simple ailleurs ! Nous devons tous nous mettre à la même table et partager notre vision car sinon, nous allons continuer à perdre des forces de frappes. L’association UDICE
Cette 14e place au classement de Shanghai – qui reste un indicateur et ne doit faire office de loi –, a donné un coup de projecteur sur notre université et m’a permis de parler de l’ESR français, de son enseignement et de son potentiel de recherche. Et c’est très important : les gens parlent de nous et de nos capacités, aussi bien dans la presse spécialisée que dans la presse plus large - comme le magazine britannique The Economist qui nous a consacré un article. Cela nous permet de nous adresser à un public différent et c’est ce qui m’intéresse.
L’ESR français doit travailler son attractivité, cela se voit bien lors des discussions sur la loi de programmation pluriannuelle de la recherche. Certes l’attractivité se mesure au salaire proposé mais aussi à la qualité des conditions de travail. Et si nous ne pourrons rivaliser en terme de salaire avec certains pays, les atouts français à faire valoir doivent être les conditions de travail, le collectif et le temps donné à la recherche. C’est aussi en développant cette qualité des conditions de travail que nous attirerons de grandes figures de la science. C’est une condition pour l’avenir.
Que représente le CNRS dans ce paysage, et pour votre université ?
S.R. : L’Université Paris-Saclay ne serait pas ce qu’elle est sans le CNRS. Les organismes nationaux de recherche (ONR) représentent 50% des forces de recherche de notre université. C’est un point fort de notre université, en particulier au travers de nos Unités Mixtes de Recherche (UMR). Le CNRS nous apporte cette articulation de politique de site, de levier de visibilité, de connaissance nationale. L’organisme de recherche, tout comme l’Université Paris-Saclay dispose d’un large spectre disciplinaire, mais couvre également aussi bien la recherche fondamentale que la recherche appliquée. Notre organisation au sein de l’université nous permet de nous aligner sur nos positions de moyen et long terme et donc de nous projeter dans l’avenir ensemble.
L’affiliation des chercheurs aux universités—plutôt qu’à un ONR—a été par exemple une mesure forte qui permet d’augmenter de moitié nos nombres de publications scientifiques en terme de visibilité. Il y a encore une marge de progression à faire au niveau de la signature des publications et les chercheurs doivent comprendre que cela les impacte de façon vertueuse. Nous devons continuer notre travail d’amélioration et de simplification administrative, mais également d’alignement de notre stratégie commune car plus nous serons sollicités, plus il nous faudra des stratégies fortes.