Défi Santé et environnement : focus sur la future Zone Atelier Camargue
Largement façonnée par l’homme, la Camargue deviendra une prochaine Zone Atelier du CNRS dans le cadre des six grands défis sociétaux du CNRS.
Le défi Santé et environnement – qui fait partie des six défis délimités par le Contrat d’objectifs et de performance du CNRS (COP) (voir encadré) - s’appuie sur le développement d’observatoires interdisciplinaires dans des lieux stratégiques pour étudier des enjeux de santé. Leur objectif : permettre d'observer l'émergence et documenter les situations à risque en mobilisant les expertises disciplinaires du CNRS – de l’écologie et des sciences de l’environnement à l’économie, la géographie, la sociologie en passant par les sciences de l’information, la modélisation et les sciences de l’ingénierie. Quatre sites sont actuellement délimités : le territoire Seine, l’International Research Laboratory
Les six défis du COP
Le CNRS a inscrit dans son COP 2019-2023 six défis auxquels nous faisons face dès aujourd’hui et que l’organisme souhaite éclairer de manière déterminante dans les prochaines années, via une mobilisation coordonnée de ses dix instituts. Des défis complexes qui ont été révélés ou sont portés par les sciences, comme le changement climatique et l’intelligence artificielle, ou qui peuvent être éclairés par celles-ci, comme la transition énergétique. Dans un dialogue inter-institut coordonné par la direction générale déléguée à la science, des groupes de travail dédiés ont identifié les actions et projets déjà menés au sein des laboratoires sur les six défis sociétaux sélectionnés.
Les six défis :
- Changement climatique
- Inégalités éducatives
- Intelligence artificielle
- Santé et environnement
- Territoires du futur
- Transition énergétique
Un milieu transformé par l’homme
La future Zone Atelier (ZA) Santé-Environnement en Camargue couvre le grand delta du Rhône allant de la ville d’Arles jusqu’au golf de Fos-sur-Mer et celui d’Aigues-Mortes. C’est un « territoire qui a été façonné par l’homme depuis plusieurs siècles », décrit Frédéric Thomas, chercheur en biologie évolutive au laboratoire Maladies infectieuses et vecteurs : écologie, génétique, évolution et contrôle
Le lancement de la ZA Santé-environnement en Camargue – qui a débuté l’année dernière - a notamment été facilité par une collaboration de longue date entre le CNRS et la Tour du Valat, centre de recherche pour la conservation des zones humides, situé au cœur de la Camargue. De ces collaborations est né un observatoire en écologie de la santé qui depuis évolue vers une ZA notamment grâce aux financements de la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires du CNRS (MITI) qui a permis de lancer trois projets interdisciplinaires respectivement sur les thématiques des virus chez la chauve-souris, des moustiques et de la détection d’arbovirus
Une ZA Santé-Environnement en Camargue qui pourrait débuter début 2024
« Nous avons commencé par le recensement de chercheuses et chercheurs en Camargue travaillant sur les thématiques de la santé. Nous nous interrogeons également sur la philosophie de cette zone atelier qui reste à construire », rapporte Frédéric Thomas. C’est dans ce cadre que l’équipe a mené un atelier en décembre réunissant les scientifiques amenés à participer à la future ZA. « L’objectif est de coconstruire les bases au travers d’un vivier d’idées dont nous dégageons de grands thèmes. » Un document de présentation est en cours de rédaction avec une parution prévue pour juin. « Nous espérons une labélisation du CNRS à l’automne. L’appel à projet PREZODE (PEPR "Changements globaux, pratiques humaines et émergence de maladies zoonotiques") sur la prévention des maladies zoonotiques sera une bonne base pour commencer à déposer des projets dans le cadre de la ZA Santé-Environnement en Camargue qui pourrait alors démarrer début 2024 », indique Nathalie Boutin, membre de l’équipe ZA Santé-Environnement en Camargue.
Et le projet commence à prendre forme. « Nous sommes partis des recherches sur les maladies infectieuses, dont l’antibiorésistance, et avons élargi à d’autres volets tels que l’écotoxicologie et l’écoanxiété. » De plus, l’équipe a également enrôlé instituts et organismes en lien avec la thématique et surtout les acteurs du territoire - tels que le Parc naturel régional de Camargue, le syndicat Mixte de la Camargue Gardoise, la Chambre de l’Agriculture, les collectivités, etc. - pour les faire interagir. « Nous avons invité des chargés de missions, des élus et des associations pour favoriser les échanges de connaissances et partager les inquiétudes », explique Raphaël Mathevet, chercheur au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive
Beaucoup reste à construire alors que plusieurs groupes de travail sont déjà nés de la réflexion sur la future ZA – sur l’antibiorésistance et les données – et que deux autres pourraient émerger – sur l’instrumentation et les pesticides.
Une prise de conscience au niveau européen
Enfin, la ZA Santé-Environnement en Camargue pourrait trouver un soutien aussi bien au niveau national, qu’européen et international. L’agenda du consortium Health Environment Research Agenda for Europe, a défini plusieurs actions de recherche prioritaires à l’échelle européenne qui pourront être déclinées et mises en pratique de façon très concrète localement. « Il existe des appels à projet européens auxquels les équipes ont l’ambition de répondre. Tout ce qui s’est passé ces cinq dernières années suite au Covid-19 a changé les mentalités et donné lieu à une prise de conscience sur l’interface santé et environnement. Il y a beaucoup d’outils de financement de la recherche sur cette thématique au niveau national et international dorénavant », note Delphine Destoumieux-Garzón.
La ZA Santé-Environnement en Camargue pourrait trouver des partenaires dans son entourage géographique proche alors qu’elle se trouve à côté de la Zone Atelier Bassin du Rhône et de deux Observatoires Hommes Milieux