DESTINY : un projet européen finance cinquante thèses sur les batteries
Point crucial du progrès scientifique et de la transition écologique, le stockage de l’énergie passe par les batteries. Afin d’accompagner les futurs chercheurs et chercheuses dans ce domaine, le programme DESTINY vient de recevoir quatre millions d’euros de l’Union européenne. Ce budget permettra de financer cinquante thèses jusqu’à 2025, comme nous l’explique son coordinateur Christian Masquelier.
Comment s’est lancé le programme DESTINY, dont l’objectif est de mieux soutenir et accompagner la recherche dans le domaine des batteries ?
Christian Masquelier
L’Europe est-elle en retard dans ce domaine ?
C. M. : En ce qui concerne la recherche scientifique, l’Europe et la France sont au niveau mondial grâce à d’excellents scientifiques et des laboratoires accueillant des doctorants du monde entier. Cependant, nous devons être en phase avec les demandes de l’industrie, car malgré les milliards d’euros alloués par l’Europe — Allemagne et France en tête — pour la création d’usines spécialisées dans les batteries, nous sommes encore loin derrière les Américains, les Chinois, les Japonais et les Coréens. Ainsi, des compagnies européennes fabriquent des composants et matières premières nécessaires, mais ils alimentent des usines en Asie ! Mais les choses commencent à changer, avec la construction de l’usine Northvolt en Suède, ou le développement de ACC
Quelles sont les particularités d’un financement par les actions Marie Sklodowska-Curie ?
C. M. : Ce sont des bourses qui visent l’excellence, les allocations de thèse étant très généreuses. Dans le cadre de DESTINY, tous les étudiants, même s’ils ne sont pas européens, peuvent postuler du moment qu’ils sont titulaires d’un master. Un comité indépendant évaluera les candidats et en fonction de leur classement, les futurs doctorants et doctorantes choisiront eux-mêmes le sujet qui les intéresse. Ils commenceront au plus tard leur travail au 1er octobre 2021, alors qu’en 2022, une seconde cohorte pourra accéder à l’autre moitié des cinquante thèses. La mobilité est également un critère central pour les MSCA. Les thèses sont encadrées par plusieurs scientifiques dans des pays différents, car c’est le moyen le plus efficace de favoriser la collaboration entre laboratoires. Ils doivent aussi passer au moins trois mois en détachement dans une entreprise ou une grande infrastructure de recherche.
Quels sont les autres objectifs de DESTINY ?
C. M. : Nous souhaitons d’abord créer un réseau très dense d’experts, au-delà des cinquante doctorants. Avec des écoles d’été et d’hiver et des conférences, nous allons également toucher des doctorants qui ne sont pas directement concernés par les actions Marie Sklodowska-Curie. Nous espérons faire de belles découvertes scientifiques, et nous voulons que cette structure de formation doctorale européenne perdure après 2025. Pour cela, nous devons améliorer l’employabilité de nos docteurs dans l’industrie européenne, bien qu’ils soient déjà très demandés dans leur pays. Nous souhaitons attirer des jeunes du monde entier pour alimenter les entreprises avec des experts au profil très international. Les MSCA sont de formidables appels d’air pour cela.
L’Union européenne finance 60 % du budget de DESTINY, d’où vient le reste ?
C. M. : L’argent nous est fourni par nos partenaires académiques et industriels. Certaines régions, comme les Pays de la Loire et la Nouvelle-Aquitaine, mettent aussi la main à la pâte pour financer les thèses et le salaire des doctorants. Chaque projet est doté d’un montage différent. Par exemple à Amiens, où j’enseigne, nous avons quatre thèses de prévues : deux sont soutenues par mon université, l’UPJV, une par l’entreprise Solvay et la dernière par la société belge Umicore. La coordination du projet, qui comprend trente-neuf partenaires, se fait au sein de l’Université de Picardie Jules Verne et de la délégation Hauts de France du CNRS.