GdR Labos 1point5 : Analyser et réduire l’empreinte carbone de la recherche
Le Groupement de Recherche Labos 1point5, soutenu par l’ADEME, INRAE et le CNRS, a pour ambition de fédérer la recherche française sur la question de son impact environnemental.
Alors que la recherche a alerté très tôt sur les dangers des pressions que fait peser l’Homme sur la planète, la profession elle-même passe sous la loupe. Entre les missions de terrain, les réunions et conférences, les bâtiments, le numérique ou encore l’utilisation de grands instruments, l’impact environnemental de la science n’est pas nul. Les premières études scientifiques portant sur les activités de recherche à l’échelle de laboratoires ou d’universités semblent indiquer que cette empreinte est significative et inégalement répartie avec une grande hétérogénéité autant au niveau des disciplines et des localités que des professions. C’est pour adresser ce manque d’informations et étudier et développer les changements dans les pratiques des agents de la recherche que le nouveau Groupement de Recherche (GdR
Fédérer les activités de recherche au niveau national
Soutenu par l’ADEME
Une articulation avec les actions institutionnelles
« Au CNRS, nous réalisons actuellement notre bilan d’émissions de gaz à effet de serre grâce à l’outil GES de Labos 1point5 et avons créé des groupes de travail, par exemple sur la thématique de la mobilité ou du numérique qui sont des domaines à haut impact de GES », explique Alain Schuhl, directeur général délégué à la science au CNRS. L’organisme est également en train d’instaurer un réseau de référents en développement durable dans ses 18 délégations et 10 instituts.
A INRAE, le premier Bilan des Emissions de Gaz à Effet de Serre (BEGES) a été réalisé en 2020. « Son périmètre est le plus large jamais pris en compte par un organisme de recherche public français de taille comparable. Les postes importants d’émissions de GES concernent notre cœur de métier et nos infrastructures. Nos émissions, évaluées à 9,4 tCO2e par équivalent temps plein titulaire, font l’objet d’une analyse approfondie afin d’engager des actions de réduction des émissions en concertation et en co-construction avec les acteurs concernés par les activités émettrices. Au sein de ce GDR, nos activités et pratiques feront l’objet de recherche avec une volonté affirmée de transformation » indique Carole Caranta, directrice générale déléguée d’INRAE Science et Innovation.
L’interdisciplinarité au cœur du GdR
« Il y a de nombreuses questions à explorer par la science en s’appuyant sur ce collectif original qui n’existe nulle part ailleurs », explique Martina Knoop, directrice de la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) qui finance le GdR coté CNRS. L’interdisciplinarité est d’ailleurs au cœur du projet, afin d’explorer de nouvelles approches d’une part, car l’objet est la recherche elle-même et concerne donc toutes les disciplines, et d’autre part, car les questions de recherche sont elles-mêmes interdisciplinaires. De plus, « un chercheur en sciences humaines et sociales travaille différemment d’un chercheur en physique des particules par exemple—avec des empreintes carbone qui varient », explique Martina Knoop. Un aspect pluridisciplinaire qui se retrouve au sein même du conseil de direction du GdR, composé de deux astrophysiciens, une économiste, une épidémiologiste, un biostatisticien, une chargée de médiation scientifique, un océanographe, un biogéochimiste, un sociologue, un physicien et une agronome, le tout étant chercheurs, ingénieurs ou encore ingénieurs d’études et liés à de nombreuses tutelles allant de l’IRD à l’Université Paris-Saclay. « Ce projet permet à des disciplines qui se parlent peu de partager des objectifs communs », apprécie Tamara Ben Ari.
« Dresser le premier bilan national des émissions de GES de la recherche publique française »
Le GdR, qui est dessiné pour l’instant en trois axes—Empreinte, Enquêtes et Transverse—a été imaginé avec l’appui des outils développés par le Labos 1point5. Le premier axe 'Empreinte' vise à « estimer et caractériser l’empreinte de la recherche publique en France en terme d’émissions de gaz à effet de serre » et s’appuie notamment sur l’outil GES du collectif Labos 1point5
Le deuxième axe 'Enquêtes' s’intéresse à « l’étude de l’organisation et des pratiques de recherche en lien avec cette empreinte ». L’objectif est donc de comprendre les pratiques, les moteurs, ou encore les freins et les leviers vers la réduction de l’empreinte carbone de la recherche et se fera par des entretiens et des enquêtes
Enfin, le troisième axe sera transverse et visera à expérimenter des solutions de réductions de l’empreinte de la recherche. « Ce travail, construit par Audrey Sabbagh et Olivier Ragueneau est actuellement en phase pilote au sein de laquelle près de 20 laboratoires volontaires expérimenteront la mise en place de solutions, collégialement débattues, pour réduire leur empreinte carbone », explique Tamara Ben Ari. Les décisions de trajectoires de réduction, le processus et les scénarios seront documentés pour créer de nouvelles données. « Les laboratoires vont choisir selon leurs disciplines, leurs objectifs scientifiques et leurs contraintes des options probablement très différentes. Il sera intéressant de voir lesquelles sont les plus efficaces et/ou les plus acceptées. »
Une approche inédite en Europe
La question de l’empreinte carbone de la recherche est présente au-delà de nos frontières avec de nombreuses initiatives, par exemple celle de l’Université de Copenhague, qui a été une des premières à mener des expérimentations en incitant son personnel à limiter ses trajets en avion (pour se rendre à des conférences), ce qui a permis une baisse de 15 % de son empreinte carbone. Aujourd’hui, le GdR Labos 1point5 se pose en leader au niveau européen et international alors qu’aucun projet de recherche national sur la thématique n’a encore vu le jour à l’étranger. « Nos collègues internationaux sont très intéressés par ce GdR et par la possibilité de se fédérer au niveau national sur la question », explique Olivier Berné qui souligne « l’esprit de communauté » dans la recherche française, qui permet d’agir à l’échelle du pays.