La flotte océanographique française au service de la recherche
Comptant parmi les trois plus grandes flottes européennes, la flotte océanographique française, au service de la recherche, va faire peau neuve.
Des abysses jusqu’à l’interaction océan-atmosphère, la flotte océanographique française contribue depuis 50 ans à mieux répondre aux grands enjeux actuels en sciences et technologies marines. L’Ifremer
Quatre navires hauturiers et plus encore
La flotte océanographique française, c’est quatre navires de haute mer dits « hauturiers » (le Marion Dufresne
Avec ces navires de recherche pluridisciplinaire, la communauté scientifique réalise aussi bien des explorations de colonnes d’eau et de courants marins, des cartographies sous-marines, des études des processus biologiques ou géologiques de fonds marins, des analyses de la biodiversité sous-marine, des études de paléoclimatologie et bien plus encore…
Depuis le 1er janvier 2018, l’Ifremer opère tous ces moyens au profit de la communauté scientifique française, lui donnant ainsi accès à tous les océans et mers du globe, hors zones polaires. Jusqu’alors, la flotte était gérée par quatre opérateurs publics ou organismes de recherche tels que le CNRS qui pilotait plusieurs navires côtiers et ses navires de stations. « Notre flotte compte parmi les trois plus importantes européennes aux côtés de l’Allemagne et de l’Angleterre et peut naviguer dans tous les océans - la seule avec l’Allemagne », rapporte Olivier Lefort, directeur de la flotte océanographique et ancien ingénieur et architecte naval. « L’intégration de tous ces bateaux a été voulue par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation pour assurer une meilleure structuration de la flotte océanographique française au profit de la communauté scientifique, et de l’ensemble de ses utilisateurs », explique-t-il, informant que le budget annuel de la TGIR
En route vers 2035
Parmi les grands changements prévus dans cette feuille de route, « la fin d’activité en 2031 pour le navire hauturier, l’Atalante, qui verra l’entrée en service de son successeur. Tout comme le Marion Dufresne et le Thalassa, à partir de 2032. » Des navires que connaît bien Mathilde Cannat, chercheuse en géosciences marines à l’Institut de physique du globe de Paris
Pour l’anecdote, le Marion Dufresne est « le plus imposants de tous les hauturiers ». La raison ? C’est un navire polyvalent qui, en plus d’opérer pour la recherche océanographique, assure également le ravitaillement des îles subantarctiques françaises
En Atlantique et en Méditerranée, deux navires semi-hauturiers remplaceront respectivement d’ici 2025 et 2030 les navires côtiers métropolitains Thalia - navire polyvalent opérant en Manche et dans le Golfe de Gascogne - et L’Europe - un catamaran de plus de 29 mètres opérant principalement en mer Méditerranée et dédié à la recherche halieutique
« Aller en mer, c’est 3 ans de préparation »
La communauté de recherche océanographique en France représente 3500 scientifiques qui font régulièrement des demandes d’accès aux campagnes sur les navires de la Flotte océanographique française. Chaque année, elle embarque plus de 1000 scientifiques, ingénieurs et techniciens et réalise 40 missions sur les navires hauturiers, 140 missions sur les navires côtiers et 300 sur les navires de stations.
Pour qu’une mission soit acceptée, les équipes de recherche doivent monter un projet s’inscrivant dans les programmes de la flotte et déposer un dossier, deux ans à l’avance. Les dossiers sont alors revus par les pairs, puis classés par une commission scientifique sur la base de ces revues. Une fois qu'un dossier est ainsi prioritaire, l’équipe de programmation de l’Ifremer définit une route et un navire selon les impératifs, les objectifs et les contraintes. « Par exemple, si le projet de recherche porte sur une campagne sismique, nous devons définir une période de travail durant laquelle les mammifères ne sont pas présents sur zone », explique Olivier Lefort. L’enchaînement des tâches doit également être prévu et supervisé et « les campagnes de 30 jours sur navire hauturier sont des projets d’envergure ! », souligne-t-il. Un avis que partage Cécile Guieu, chercheuse en bio géochimie marine au Laboratoire d’océanographie de Villefranche
Crise sanitaire et fermeture des ports
En 2020, la pandémie de Covid-19 – et la fermeture de nombreux ports en urgence – a eu un impact considérable sur la flotte. « À ce moment, le Thalassa rentrait tout juste de la côte africaine. L’Atalante, aux portes du Pérou, a dû interrompre sa campagne, mais rester sur zone pour récupérer les équipements. Le Pourquoi pas? était alors en mer Méditerranée et nous lui avons donné l’ordre de rentrer », se remémore le directeur de la Flotte. Du 15 mars au 15 août, les activités de la flotte océanographique ont été totalement arrêtées. Par la suite, elles ont repris suivant un protocole très strict. « Les équipages devaient se confiner durant 15 jours et effectuer deux test PCR. Aujourd’hui nous demandons un auto-confinement de 7 jours », rapporte Olivier Lefort. En 2020, seule la moitié des campagnes programmées ont pu être réalisées, « nous essayons de reprogrammer celles qui n’ont pu se faire, et pour 2021 nous avons fait le choix de ne plus faire d’escale à l’étranger. »
La reprise aux quatre coins des mers et océans
Mais de belles missions sont tout de même prévues en 2021. Le Marion Dufresne est actuellement dans l’océan Austral avec à son bord 48 scientifiques pour la mission de bio-géochimie SWINGS qui vise à mieux comprendre les éléments chimiques dans l’océan Indien Sud-Ouest austral. Le Pourquoi Pas ? a pris la direction de l'Océan indien fin 2020 afin de réaliser une série de missions dans le Canal du Mozambique. La première, SISMAORE, menée par le BRGM, le service géologique national, et le CNRS, vise à combler un déficit de connaissances dans la région de Mayotte frappée dernièrement par une crise de sismicité majeure. En avril, suivra la mission GEOFLAMME mettant en œuvre le ROV Victor6000 pour étudier la crise sismo-volcanique en cours à Mayotte. Quant à l'Atalante, il a repris à la mi-février avec la mission d'océanographie SUMOS dans le Golfe de Gascogne, portée par le Laboratoire d'océanographie physique et spatiale
Une construction sur 50 ans
L’histoire de la Flotte remonte aux années 1970 avec la création du Centre national pour l'exploitation des océans (CNEXO) à Brest qui, en rejoignant quelques années plus tard l'Institut scientifique et technique des pêches maritimes (ISTPM), devient l’Ifremer. Ce dernier construit dans les années 1990 l’Atalante et le Thalassa, puis ce seront les navires semi-hauturiers de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) – l’Alis et l’Antea – qui vont rejoindre les rangs de la flotte océanographique française et les bateaux côtiers et de stations du CNRS. Le Marion Dufresne est quant à lui propriété de l’administration des Terres Australes et Antarctiques Française, mais réalise des campagnes scientifiques pour le compte de la flotte océanographique plus de 200 jours par an.