Les données de santé ouvrent des perspectives de recherche
Les scientifiques du CNRS disposent à présent d’une procédure simplifiée pour accéder aux données du Système national des données de santé. Une mine d’or pour les recherches dans le domaine.
« Les données de santé sont un matériau essentiel pour les recherches menées, en particulier dans les sciences de la santé mais aussi d’autres domaines comme les sciences humaines et sociales, et ainsi pour répondre à certains défis auxquels fait face la société », assure Alain Schuhl, directeur général délégué à la science du CNRS. Les enjeux de santé font ainsi partie des priorités scientifiques du CNRS, inscrites dans son Contrat d’objectifs et de performance 2019-2023 signé avec l’État. Mais, pour réaliser des projets de recherche dans les domaines de la santé et de la prise en charge médico-sociale, comme développer des médicaments, mesurer les inégalités sociales de santé ou encore minimiser l’errance diagnostique des maladies rares, l’accès à des données de santé est primordial.
Or les données de santé sont des données personnelles à caractère sensible, soumises à la fois au code de la santé publique et au Règlement général sur la protection des données (RGPD) – des règles dont « le scrupuleux respect fait partie du processus d’une recherche éthique et responsable », affirme Alain Schuhl. Pour obtenir de telles données, les scientifiques ont deux voies. Ils peuvent effectuer une collecte directe en menant leurs propres expériences, pour lesquelles l’encadrement organisationnel, réglementaire et éthique est fort. Alternativement, ils peuvent réutiliser des données déjà collectées, par exemple pour l’activité de soins des hôpitaux. Plusieurs sources existent (voir encadré), dont le Système national des données de santé (SNDS).
Ce dernier est composé principalement des bases de données des remboursements de l'Assurance maladie depuis 2006, mais aussi des hôpitaux ou des causes médicales de décès de l’Inserm (base CépiDc). Cet important volume de données pseudonymisées – accessible sur autorisation de la CNIL
Depuis 2021, le CNRS fait partie des rares organismes de recherche
Accès aux données du Système national des données de santé : la procédure en détails
Pour les demandes, une seule adresse mail : CNRS-SNDS@cnrs.fr
Le chercheur ou la chercheuse doit travailler dans une équipe de recherche rattachée à titre principal au CNRS, sur des recherches dans le domaine de la santé, et avoir l’accord du directeur ou de la directrice d’unité. Une fois la demande reçue, la Direction générale déléguée à la science statue sur la suite à y donner, sur avis scientifique de l’institut de rattachement. Le délai de réponse du CNRS est de moins d’un mois. Ensuite, des formations sur les enjeux et la plateforme, données par des experts et expertes de la Caisse nationale de l'Assurance Maladie, sont obligatoires. La déléguée à la protection des données du CNRS vérifie
Pour en savoir plus (accès intranet) : https://intranet.cnrs.fr/protection_donnees/rgpd/snds/Pages/default.aspx
L’accès prend effet 4 à 6 mois après la demande, suite à des formations obligatoires. « Le processus est beaucoup plus rapide et bien plus simple que la démarche classique », témoigne Mathilde Godard, chargée de recherche CNRS au Laboratoire d'économie de Dauphine
Car, aujourd’hui, ces données sensibles exigent un niveau de sécurité élevé qui permet peu de croisements : seul le résultat des traitements scientifiques, et non les données brutes pseudonymisées, peut sortir de la plateforme sécurisée – à condition de travailler sur un ordinateur lui-même aux normes de la Politique de sécurité des systèmes d’information de l’État appliquée au CNRS. « Lorsqu’un ou une scientifique accède aux données du SNDS via l’accès permanent du CNRS, c’est en fait l’organisme qui porte la responsabilité juridique de la protection des données consultées et utilisées. Nous validons les mesures de protection mises en place par les scientifiques. Rien ne doit donc pouvoir sortir de la bulle sécurisée hébergeant les données. », clarifie Gaëlle Bujan.
D’autres accès possibles aux données de santé
Au-delà du Système national des données de santé, les scientifiques du CNRS peuvent avoir par exemple accès à des fins de recherche à l’Entrepôt de données de santé de l’AP-HP
Le Centre d’accès sécurisé aux données (CASD), groupement d’intérêt public dont fait partie le CNRS
Doctorante au laboratoire TSE-Recherche
« Le SNDS fournit des informations indispensables à mes recherches. Un tel niveau d’exhaustivité est unique en France : y avoir accès donne une autre ampleur à mon projet, c’est un privilège. », assure encore la doctorante. Un avis partagé par Mathilde Godard : « La santé n’est pas que l’affaire des épidémiologistes et des experts en immunologie ou imagerie médicale : c’est un domaine de recherche qui concerne aussi par exemple les sociologues ou les économistes. Il était capital que le CNRS, seul organisme à rassembler toutes les disciplines, se saisisse de cet enjeu comme il l’a fait. »