Pollution plastique : « Ces trois jours de rencontre vont donner la parole à toutes les parties prenantes »
Pour éclairer l’impact des plastiques en milieu insulaire et notamment dans la région de l’océan Indien ouest, une rencontre internationale aura lieu du 17 au 19 octobre à Madagascar. Les co-organisateurs, Thierry Bouvier et Tsiory Razafindrabe, en détaillent les enjeux sociétaux.
Les plastiques représentent-ils un défi particulier pour les pays de l’océan Indien ouest ?
Thierry Bouvier
Aujourd'hui, 8 à 15 millions de tonnes de plastiques sont déversées chaque année dans les océans, soit l’équivalent de deux tours Eiffel en masse/jour.
Notre événement vise donc à participer à la dynamique mondiale pour tenter de trouver des solutions, en encourageant la programmation scientifique dans la région afin d’améliorer nos connaissances, mais aussi pour le développement d’infrastructures industrielles qui seront nécessaires à l’implémentation des solutions. Sensibiliser la population est aussi un volet important de notre démarche : comprendre la perception de la pollution plastique par ces populations très contrastées et mêler connaissances scientifiques et culturelles seront indispensables pour assurer l’acceptabilité de l’idée même de pollution et des recommandations.
La communauté scientifique va-t-elle justement faire des recommandations à l’issue de cette rencontre ?
T. B. et T. R. : Le but est d’entendre le constat scientifique de l’état de la pollution plastique dans cette zone de l’océan Indien. Ces trois jours de rencontre vont donner la parole à toutes les parties prenantes : sont invités certes des scientifiques, mais aussi des organisations non gouvernementales et des industriels et jeunes entrepreneurs. Ils présenteront leurs solutions face à des problèmes posés par les plastiques dans leur environnement direct et feront part de leurs préoccupations. Par exemple, que faire des sacs plastiques utilisés pour stocker des aliments lorsque l’on gère une aquaculture ? Les plastiques biosourcés et les stratégies de recyclage dans un contexte sous-développé sont des enjeux spécifiques de la région, qui nécessitent des solutions sur-mesure et seront abordés.
Notre volonté est de faire émerger des messages à adresser aux décideurs, afin de les aider à mettre en place des politiques de protection de l’océan, de nettoyage et de récolte des plastiques. C’est pourquoi il nous semblait important de convier des participants de haut niveau (voir encadré). Nous espérons une prise de conscience et l’émergence de positions communes. En particulier, nous souhaitons inciter à légiférer sur cette pollution à l’échelle des États concernés et de la région Indianocéanie, qui couvre les îles du Sud-Ouest de l’océan Indien, car les législations nationales actuelles sont variées et pas toujours en accord avec les conventions internationales, elles-mêmes pas toujours pertinentes pour une région aux enjeux spécifiques. Pour cela, il faudra des données scientifiques, donc des programmes de recherche plus ambitieux.
Un événement soutenu à haut niveau
De nombreux acteurs de profils et horizons variés sont attendus à la Rencontre internationale « Les plastiques marins dans l’océan Indien » du 17 au 19 octobre 2022 à Madagascar. L’événement se tient sous le haut patronage du président de la République de Madagascar, SE M. Andry Rajoelina, et a été conçu avec l’appui de la Commission de l’océan Indien
L’événement présente également une portée internationale, les enjeux dépassant la zone géographique de l’océan Indien : « Nous sommes ravis d’avoir pu faire venir une délégation de jeunes leaders canadiens soutenus par Les Offices jeunesse internationaux du Québec (LOJIQ), avec de jeunes scientifiques, de jeunes entrepreneurs et des jeunes investis dans le milieu associatif », soulignent Tsiory Razafindrabe et Thierry Bouvier.
Quels sont les enjeux pour la France ?
T. B. : La rencontre est avant tout internationale avec des intervenants de tous les États de l’Indiaocéanie. À ce titre, la France est concernée. Elle l’est aussi par l’importance stratégique de la zone pour la nation et particulièrement pour les citoyens et citoyennes français de l’île de la Réunion. Nous aurons ainsi le plaisir d’accueillir et d’entendre des experts scientifiques français
Plus largement, quelles sont les initiatives régionales ?
T.B. : Parmi les initiatives régionales pour lutter contre cette pollution, la Commission de l’océan Indien met en œuvre depuis 2021 le projet régional ExPLOI (Expédition Plastique Océan Indien), dont je coordonne les activités scientifiques. D’une durée de 5 ans avec un financement de 6,7 millions d’euros
La sensibilisation des populations locales semble centrale dans votre démarche…
T. R. : Oui, si les scientifiques doivent faire des recommandations, il est capital qu’elles soient compréhensibles et acceptables pour toutes les populations concernées. L’éducation, la sensibilisation et la prise en compte des différentes cultures sont donc très importantes pour véhiculer des messages de prévention efficaces. Lors de la Rencontre, se tiendra une action qui me tient à cœur : trois artistes reconnus – le dessinateur-scénariste malgache Dwa, l’artiste malgache MoovMainty et le musicien mauricien Kan – vont travailler avec une vingtaine d’enfants de 10 à 15 ans, issus de milieux très défavorisés de la banlieue reculée de Tananarive qui reflètent la réalité du pays. Ces enfants de l’école communautaire L’Héritage, située près d’Ambohimanga Rova, auront un temps de restitution face à tous les participants pour montrer quel message de prévention ils auront décidé ensemble de faire passer et de quelle manière. Avec ce projet, nous souhaitons démontrer qu’il est possible de sensibiliser tout le monde à cette problématique cruciale, tant que l’on travaille avec la population visée pour entendre ses préoccupations : la pauvreté ne doit pas se placer en prétexte pour ne pas leur parler de ces sujets-là.