Quantique : un nouveau réseau France-Canada
Impulsé par le CNRS, un réseau international en sciences et technologies quantiques sera officiellement lancé au 1er janvier 2023 avec 16 universités françaises et canadiennes.
« Il y a tellement de scientifiques français avec lesquels je souhaite travailler ! La France dispose d’une très bonne expertise dans le domaine de l’ordinateur quantique. », s’enthousiasme Barry Sanders, chercheur à l’Université de Calgary, dans l’ouest du Canada. Il est l’un des quatre coordinateurs scientifiques du nouvel International Research Network (IRN) franco-canadien en sciences et technologies quantiques impulsé par le CNRS. « Et notre travail au Canada complète bien ce qui est fait en France : l’IRN met en lumière de vraies synergies sur lesquelles s’appuyer. », continue-t-il.
Matériaux, simulations, calculs et algorithmes, communications, capteurs quantiques… Avec sa stratégie nationale d’accélération, la France travaille sur tous les piliers des technologies quantiques, « avec un focus sur la transition allant de la science fondamentale – une des forces reconnues du CNRS – jusqu’aux applications, avec de nombreuses start-up issues de laboratoires dont le CNRS est tutelle », détaille Sébastien Tanzilli, directeur adjoint scientifique à l’Institut de physique du CNRS et co-pilote pour le CNRS du PEPR Quantique
Des intérêts communs
Le Canada se présente aussi comme un partenaire de tout premier choix. En Europe, le Flagship Quantique
Le réseau quantique représente ainsi l’évolution naturelle des collaborations entre les deux pays, déjà nombreuses et « gagnantes-gagnantes », selon Isabelle Philip, directrice de recherche CNRS au Laboratoire Charles Coulomb
Un laboratoire international modèle pour le réseau
Créé en janvier 2022, le Laboratoire Frontières quantiques (LFQ) est un International Research Laboratory (IRL) du CNRS et de l’Université de Sherbrooke au Canada, centré sur les matériaux et les circuits quantiques, et leur utilisation dans des technologies quantiques, comme l’ordinateur quantique mais aussi des capteurs par exemple. Il fait suite à 40 ans de collaboration entre laboratoires français et québécois sur le sujet, s’appuyant sur la complémentarité des dispositifs de mesure expérimentaux et de calculs entre les deux pays. « L’IRL est un très bel exemple de collaboration réussie, les communautés se nourrissant l’une l’autre », indique Marco Aprili, citant les workshops et les échanges de scientifiques et surtout d’étudiants et d’étudiantes en thèse en cotutelle. Ce laboratoire commun a ainsi une « valeur ajoutée formidable » pour ces derniers, qui « gagnent en expertise en se nourrissant de groupes avec des cultures scientifiques et des réseaux différents », selon Louis Taillefer, directeur du LFQ. « Le réseau France-Canada est né de l’envie d’élargir ce bon exemple à d’autres acteurs pour soutenir de nouvelles collaborations », assure Marco Aprili.
Officiellement lancé le premier janvier prochain, le réseau est accompagné par le CNRS et implique à ce jour 16 universités
Un focus sur les jeunes scientifiques
« L’originalité de notre IRN est de s’appuyer sur des campus universitaires, là où un IRN classique repose sur des laboratoires », explique Isabelle Philip. Une spécificité qui prend tout son sens lorsque l’on s’intéresse à la fois au domaine et aux missions du réseau. Au-delà de la consolidation et de la dynamisation de la recherche, il vise à fluidifier les échanges d’étudiants et étudiantes, dès le master. « En impliquant les campus universitaires, nous espérons parvenir à simplifier l’aspect administratif de ces échanges, notamment la prise en compte des différences structurelles des formations universitaires dans les deux pays », souligne Marco Aprili. Les coordinateurs souhaitent ainsi « préparer et renforcer le tissu collaboratif entre la France et le Canada pour les chercheurs et chercheuses de demain ».
Des thèses voire des post-docs en co-supervision ou co-direction pourront donc être mis en place. « La prochaine génération de scientifiques aura besoin des expertises qui sont aujourd’hui développées dans les laboratoires français et canadiens : il est donc important d’attirer les étudiants vers ce domaine et de les inclure au plus tôt dans les collaborations internationales », corrobore Louis Taillefer, professeur au LFQ à Sherbrooke et quatrième coordinateur scientifique formant le comité exécutif de l’IRN.
Le réseau franco-canadien pourra aussi faciliter le financement des séjours plus ou moins longs pour les chercheurs et enseignants-chercheurs, et relaiera les offres de mobilités et autres initiatives nationales dans lesquelles les thématiques quantiques peuvent s’inscrire. Il disposera ainsi de financements d’animation pour « souder la communauté » avant de proposer des projets communs aux autres dispositifs de financement.
Faire germer des collaborations
« Il y a toujours de grands bénéfices aux collaborations internationales, à commencer par la diversité d’expertises complémentaires qu’elles permettent de réunir », assure Louis Taillefer. Par exemple, son domaine d’expertise exige des approches théoriques inédites cultivées à Paris, des mesures dans de hauts champs magnétiques dont sont spécialistes les équipes françaises, mais aussi une grande expertise dans les mesures à très basses températures, disponible à Sherbrooke.
« Connecter la France et le Canada dans notre domaine permettra notamment de faciliter l’accès aux grandes infrastructures de premier plan dont dispose la France, pour les communautés canadiennes qui n’ont pas d’instruments de ce niveau », salue également le chercheur, citant les « outils très puissants » que sont l’ESRF, le synchrotron Soleil
Les contours des sujets qui seront abordés par l’IRN seront donc à construire de manière conjointe par les acteurs impliqués. Pour cela, des workshops annuels seront organisés en France et au Canada. L’occasion aussi de créer des connexions à l’interface de sous-domaines qui n’ont pas l’habitude de côtoyer les mêmes conférences, ouvrant la voie à des approches inédites « fructueuses ». Le premier rendez-vous aura lieu du 22 au 24 mai 2023 à Paris et donnera « en priorité mais pas seulement » la parole aux scientifiques travaillant sur des thématiques susceptibles de donner lieu à de nouvelles collaborations transatlantiques. « L’idée est de renforcer les collaborations existantes mais surtout d’apprendre à se connaître et de faciliter la création de liens », traduit Isabelle Philip.