PFAS : des effets neurologiques mis en évidence chez des oiseaux et des souris
Une équipe internationale de scientifiques menée par deux chercheurs du CNRS1 met en évidence, pour la première fois, les effets neurologiques d’un PFAS chez des embryons de goélands ainsi que chez des souris adultes.
Alors que l'industrie développe une nouvelle génération de PFAS pour remplacer progressivement la précédente, aujourd’hui plus réglementée, les effets de bon nombre de PFAS non-réglementés restent largement méconnus. Afin d'évaluer certains de leurs impacts potentiels, les chercheurs ont étudié un PFAS appelé 7:3 FTCA, de plus en plus détecté dans l’environnement et issu de la dégradation des alcools fluorotélomères toujours utilisés par l’industrie.
Ils ont combiné deux approches complémentaires : l’une à partir de la faune sauvage, l’autre via un modèle de laboratoire. Ainsi, des embryons de goélands, espèce sentinelle des milieux côtiers, ont été exposés à des concentrations de 7:3 FTCA comparables à celles mesurées dans l'environnement. Les analyses révèlent une activation des cellules immunitaires du cerveau dans des régions spécifiques2 avec comme conséquences potentielles une perturbation de la maturation cognitive de ces zones cérébrales.
En parallèle, des souris de laboratoire ont reçu quotidiennement cette molécule dans leur alimentation pendant trois semaines, à nouveau à des niveaux représentatifs des expositions environnementales. Conclusion : l’activation des cellules immunitaires du cerveau s'accompagne d'une augmentation de l'activité neuronale dans le cortex préfrontal ainsi que d’un comportement modifié : les animaux passent davantage de temps dans des zones éclairées et interagissent plus longtemps avec leurs congénères. Ces comportements traduisent une diminution de l'évitement des situations perçues comme risquées.3
Cette étude, parue le 23 juillet dans Environmental Science & Technology Letters, met en lumière des effets neurologiques jusqu'ici peu documentés associés à cette nouvelle génération de PFAS, et appelle à mieux évaluer ces effets. Elle pourrait également servir à déterminer l'impact neurologique d'autres molécules, dans une approche "One Health" (santé environnementale, humaine et animale).
Notes :
1 – Travaillant au Centre d'études biologiques de Chizé (CNRS/ La Rochelle Université) et au Centre de résonance magnétique des systèmes biologiques (CNRS/Univ Bordeaux). Les autres scientifiques sont issus du Basic Science Department, Loma Linda University School of Medicine aux Etats-Unis et du Norwegian Pole Institute en Norvège.
2 - Chez les oiseaux, le polluant déclenche une neuroinflammation ciblée : la microglie (les cellules immunitaires du cerveau) s'active de façon anormale dans le pallium.
3 - Ces altérations comportementales sont directement liées à une augmentation de 20 % de l'activité neuronale dans cette zone du cerveau, et ce, sans provoquer la mort des neurones.
Brain response after exposure to fluorotelomer carboxylic acid: evidence of region-specific neuroinflammation and behavioral remodeling in Avian and Rodent Models. Jerome Badaut*, Christophe J. Dubois, William Jouanneau, Mathilde Malinconi, Ines Brochet, Elisa Dauriac, Richard Rouland, Geir Wing Gabrielsen, Claire Bottini, Frédéric Angelier, Olivier Chastel. Environmental Science & Technology Letters. Juillet 2026.