Construire une recherche capable de transformer durablement l'école
Réduire les inégalités scolaires, mieux évaluer les pratiques pédagogiques, produire des connaissances directement mobilisables : telle est l'ambition du Programme prioritaire de recherche Sciences pour l'éducation, qui entend structurer durablement la recherche française sur les grands défis éducatifs. Retour sur ces ambitions avec Grégoire Borst1 et Pascal Huguet2, directeurs du projet pour le CNRS, et Jean-François Rouet3, directeur du projet pour l’université de Poitiers.
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Professeur à l’université Paris Cité et directeur du Laboratoire de psychologie du développement et de l’éducation de l'enfant (CNRS / Université Paris Cité).
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Directeur de recherche CNRS et directeur du Laboratoire de psychologie sociale et cognitive (CNRS / Université Clermont Auvergne).
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Directeur de recherche CNRS au Centre de recherches sur la cognition et l'apprentissage (CNRS / Université de Poitiers).
En quoi la construction d’une stratégie de recherche nationale pour l'éducation est-elle importante ?
La recherche sur l’éducation est riche et reconnue, mais elle reste encore largement dispersée entre plusieurs disciplines et institutions. Cette fragmentation limite sa capacité à répondre aux grands défis du système éducatif français : inégalités scolaires, difficultés d’apprentissage, orientation ou encore bien-être des élèves.
L’ambition du PPR est de franchir ce cap et de fédérer les communautés scientifiques autour de priorités communes afin de produire des connaissances directement mobilisables par les acteurs de terrains et les politiques publiques.
Cette dynamique repose sur une approche interdisciplinaire. Les sciences de l’éducation, la sociologie, la psychologie, les sciences cognitives ou encore l’économie apporteront des éclairages complémentaires pour mieux comprendre les mécanismes qui influencent l’apprentissage et proposer des solutions les plus efficaces.
L’enjeu principal est de développer une recherche capable d’informer la transformation du système éducatif. Les projets doivent donc partir de problématiques identifiées sur le terrain et évaluer scientifiquement l’impact des solutions proposées. Cette démarche vise à renforcer les liens entre recherche et action publique tout en facilitant la diffusion des innovations éducatives.
Cette stratégie ne peut réussir qu’en associant les scientifiques aux professionnels de l’éducation : enseignants, directions d’établissement, inspecteurs, formateurs, conseillers pédagogiques et personnels éducatifs. Les élèves et les familles peuvent également être associés à certaines démarches. Les autorités éducatives nationales et académiques jouent un rôle essentiel pour accompagner les expérimentations et assurer leur cohérence avec les politiques publiques. Enfin, les collectivités territoriales et partenaires institutionnels peuvent contribuer à la diffusion des résultats et au déploiement des dispositifs innovants.
Quels sont les enjeux auxquels va répondre le PPR et les axes majeurs qui le structureront ? Quelles problématiques seront mises en avant ?
Le programme répond à une ambition simple : produire des recherches capables d’améliorer concrètement les pratiques éducatives et les politiques publiques.
Un premier enjeu concerne la réduction des inégalités scolaires. Les recherches doivent permettre de mieux comprendre les mécanismes qui influencent la réussite des élèves selon l’origine sociale, le genre ou le territoire, afin de proposer des solutions favorisant l’égalité des chances.
Le programme met également l’accent sur l’inclusion des élèves à besoins particuliers. Il s’agit d’identifier des dispositifs permettant d’améliorer leur accompagnement tout en maintenant des conditions d’apprentissage favorables pour tous les élèves.
L’orientation scolaire et professionnelle constitue un autre axe important. Les projets financés dans le cadre du PPR devront analyser les biais sociaux ou psychologiques qui influencent les choix d’orientation afin de développer des dispositifs plus équitables et plus efficaces.
Le PPR s’intéresse aussi aux compétences dites « du xxie siècle »1, notamment les compétences numériques, l’esprit critique, l’éthique. L’objectif est d’adapter le système éducatif aux évolutions sociales et technologiques contemporaines.
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L'Onisep prépare les élèves aux enjeux du XXIᵉ siècle en élaborant un référentiel structuré autour de six grandes dimensions de compétences : Collaboration ; Communication ; Pensée critique ; Citoyenneté mondiale ; Créativité ; Connaissance de soi.
Le programme s’organise autour de trois niveaux d’intervention complémentaires. Le premier soutient des recherches exploratoires sur des questions émergentes. Le deuxième finance des études de grande ampleur afin de valider scientifiquement certaines hypothèses déjà documentées. Enfin, le troisième accompagne la diffusion et le déploiement à large échelle de solutions éducatives ayant déjà démontré leur efficacité.
Quelles en sont les retombées attendues auprès de la société ?
Les recherches du PPR Sciences pour l’Éducation – qu’elles portent sur les apprentissages, les pratiques pédagogiques, l’orientation, la formation des enseignants, l’organisation scolaire ou encore le numérique éducatif – doivent contribuer à produire des solutions concrètes capables d’améliorer durablement le fonctionnement de l’ensemble du système éducatif, soit de l’école primaire à l’entrée dans l'enseignement supérieur. Chaque dispositif soutenu doit également être conçu pour mesurer précisément ses effets sur les élèves, les enseignants et les établissements scolaires.
Les retombées attendues pour la société sont nombreuses : améliorer la qualité des apprentissages et des résultats scolaires et réduire les inégalités éducatives afin de renforcer l’égalité des chances et la cohésion sociale.
Le PPR ambitionne également d’améliorer le bien-être des élèves et des personnels éducatifs grâce à des pratiques plus adaptées aux réalités du terrain. Les recherches menées doivent favoriser le développement d’innovations pédagogiques, de ressources numériques et de nouveaux dispositifs de formation.
Une autre retombée importante concerne l’aide à la décision publique. En produisant des données scientifiques solides, le programme doit permettre aux responsables éducatifs de mettre en place des politiques fondées sur des preuves et sur l’évaluation des résultats obtenus.
Ainsi, le PPR Sciences pour l’Éducation vise à renforcer les liens entre recherche, éducation et société tout en facilitant l’accès aux innovations éducatives sur l’ensemble du territoire.