Le Biodiversarium, le vivant entre terre et mer
À Banyuls-sur-Mer, le Biodiversarium réunit un grand aquarium et un jardin pédagogique ouverts à l’observation de la faune et de la flore méditerranéennes, ainsi qu’un ensemble d’activités orientées vers la recherche sur les espèces marines, sous la houlette de l’Observatoire océanologique.
Fondé en 1882 par le biologiste et marin français Henri de Lacaze-Duthiers pour y faire venir des scientifiques et des étudiants, l’aquarium du Biodiversarium, à Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), est l’un des plus anciens aquariums publics d’Europe. Aujourd’hui, le site accueille entre 40 000 et 50 000 visiteurs par an, mais aussi toute une communauté de scientifiques qui s’intéressent à la faune marine. « Dès le départ, le lieu a été construit pour être dédié à la connaissance et ouvert au public. C’était une des volontés de son fondateur de donner un accès à tous à la science », explique Grégoire Perrin, responsable de la médiation scientifique au Biodiversarium. Outre sa particularité d’accueillir des visiteurs « de la région mais aussi de toute la France et de l’étranger », l’aquarium comprend une partie « destinée à des fins de recherche accessible uniquement aux scientifiques ».
Occupant une surface de 1000 m², la partie ouverte au public dispose d’un grand bassin de 42 m3 et de quinze autres bassins structurants de plusieurs mètres cubes chacun. S’ajoutent à ces équipements plusieurs aquariums modulaires de quelques dizaines de litres. Dans ce lieu conçu pour mettre en avant le milieu marin, chaque dispositif vise à reproduire les conditions du littoral. Cette logique se prolonge dans le choix des décors. Initialement projetés en béton, ceux-ci restituent à l’identique les biotopes sous-marins catalans.
Ascidies, coraux et méduses
« Beaucoup de visiteurs pensent que les organismes sur les décors sont artificiels, mais en réalité il s’agit d’invertébrés fixés comme les coraux ou les gorgones. Tout a été pensé de sorte que ces espèces marines colonisent le décor », décrit Julien Loubet, responsable aquariologie de l’aquarium public. Environ 300 espèces de poissons, invertébrés et végétaux, évoluent quotidiennement dans les bassins. « Toutes les espèces que nous montrons au public sont issues de la région méditerranéenne », poursuit-il. Les visiteurs peuvent apercevoir au cours de leur visite murènes, raies, coraux ou encore le mérou brun, un poisson méditerranéen reconnaissable à ses écailles noires.
« Avec une capacité totale de 180 m3 d’eau de mer [soit 180 000 litres], nous sommes un petit aquarium », précise toutefois le responsable. Si l’aquarium public ne donne à voir exclusivement que des espèces méditerranéennes, la partie scientifique, appelée « aquarium de recherches », accueille également des espèces exotiques dans vingt salles monitorées, en particulier pour les recherches sur l’évolution et le développement des espèces. Les scientifiques de l’Observatoire océanologique de Banyuls
Le jardin méditerranéen du Mas Reig
Cette approche respectueuse du vivant se retrouve aussi dans l’autre versant du Biodiversarium : son jardin botanique, niché dans les hauteurs de Banyuls. Plus de 500 espèces végétales poussent sur le site de 3,5 hectares : ligneuses ou herbacées, locales ou originaires d’autres zones jouissant d’un climat méditerranéen comme la Californie, l’Australie ou l’Afrique du Sud… « Certaines plantes sont originaires de Méditerranée, d’autres ont été importées par des scientifiques il y a des décennies à cause de leur bonne tolérance au climat local », explique Grégoire Perrin. Le jardin a été légué dans les années 1950 par le riche notable banyulenc Paul Reig, célibataire et sans enfant, qui à son décès légua cet héritage à la mairie de Banyuls. Pendant des dizaines d’années, les scientifiques se serviront du jardin du Mas Reig et ses plantations comme terrain d’expérimentations et de formation des étudiants à la botanique.
En 2008, à la suite du départ de la dernière équipe de recherche résidente du Centre d’écologie méditerranéenne et après une série de travaux de sécurisation et de restauration, le lieu a ouvert ses portes au public. Sur place, les plantes méditerranéennes cohabitent au milieu d’une succession de terrasses. Les amoureuses et amoureux de botanique peuvent, au fil du sentier qu’ils empruntent, observer des vignes, du maquis, une oliveraie, une forêt de chêne-liège, ou encore de la prairie avec des brachypodes, qui ne poussent que sur les terrains où il y eut des pâturages. « L’idée, ce n’est pas de faire un jardin botanique dans le sens d’avoir un inventaire exhaustif, mais plutôt de donner à voir des spécimens qui ont été utilisés et exploités par les populations méditerranéennes au fil de l’Histoire, que ce soit pour la viticulture, la production d’huile d’olive, l’exploitation forestière ou le pastoralisme », commente Grégoire Perrin.
Actuellement ouvert au public au sein de visites guidées, le jardin pourrait potentiellement servir à des scientifiques qui souhaiteraient étudier les enjeux du changement climatique sur les espèces méditerranéennes. « Nous travaillons sur des espèces mieux adaptées aux nouvelles conditions climatiques, en relation avec différentes pépinières de la région, mais nous n'avons pas encore eu l’opportunité de le faire avec des scientifiques », concède le médiateur, qui explique qu’à terme, il pourrait être souhaitable et bénéfique de créer des liens avec des laboratoires de recherche.