Le CNRS lance avec Mistral AI un outil d’IA générative sécurisé mis à disposition de ses agents

Institutionnel

Depuis le 17 décembre dernier, le CNRS propose aux agents qui le souhaitent d’utiliser l’agent conversationnel en IA générative Emmy, développé par l’entreprise française Mistral AI. L’objectif est de fournir un outil d’IA générative sécurisé. Nous faisons le point avec François Pouget, directeur général délégué aux ressources du CNRS. 

Le CNRS vient de signer un contrat avec l’entreprise française Mistral AI. En quoi consiste ce partenariat ?  

En octobre 2025, nous avons signé un contrat avec Mistral AI afin de pouvoir utiliser une solution d’intelligence artificielle. Nous avons déployé cet agent conversationnel nommé Emmy le 17 décembre dernier auprès des 35 000 agents de l’organisme. Il a été conçu de manière sécurisée, avec un processus d’authentification bien défini, afin de s’assurer que seul le personnel du CNRS puisse y accéder.  

Cet accord est le résultat de près d’un an de travail. En effet, dès la fin de l’année 2024, nous avons mis sur pied un agent conversationnel sécurisé, élaboré notamment à partir de modèles libres fournis par Mistral AI. Il a été testé en interne par près de 600 agents volontaires qui nous ont fait part de leurs retours d’expérience. Grâce à ce travail de preuve de concept, nous avons ainsi pu identifier les besoins des agents et mesurer quelles étaient les problématiques techniques associées à la généralisation d’un tel outil. Ce type de déploiement à grande échelle est en effet inédit dans le monde de la recherche en France.   

Pourquoi est-il important de mettre à disposition des agents du CNRS un outil conversationnel français ?

Aujourd’hui, le marché de l’IA générative et des grands modèles de langage est largement dominé par les Etats-Unis et par la Chine. Seuls quelques fleurons européens, comme le français Mistral AI, proposent des alternatives. Or, il est nécessaire que nous puissions proposer une solution sécurisée à tous nos agents, et notamment ceux qui souhaitent avoir accès à des outils d’IA générative généraliste dans le cadre de leur travail. Plusieurs d’entre eux nous ont en effet indiqué qu’ils utilisaient déjà ce type d’outils.

En signant ce partenariat avec Mistral AI, nous sommes assurés que les données des agents du CNRS qui utilisent l’outil Emmy seront hébergées au sein de datacenters situés sur le sol européen notamment soumis au RGPD et à l’IA Act, garantissant la sécurité de l’usage des données et leur intégrité. 

Quelles sont les fonctionnalités permises par cet outil conversationnel ? 

Emmy est un outil d’IA généraliste. On y retrouve les mêmes fonctionnalités que celles qu’on peut rencontrer chez les agents conversationnels les plus connusEmmy permet de traduire des textes dans toutes les langues, elle assure la synthèse de documents, propose une aide à la reformulation et une aide à la réflexion, et elle permet aussi d’effectuer des recherches sur le web. Elle assure également la reconnaissance de textes et d'images. 

A l’image des agents conversationnels classiques, elle peut également traiter les questions formulées par les utilisateurs, étape par étape, afin de proposer des réponses pertinentes. Il est possible de lui apporter des éléments de contexte permettant d’enrichir les questions, en ajoutant par exemple des publications scientifiques ou des contenus de thèses qu’Emmy va pouvoir synthétiser. Elle conservera alors une trace des informations qui lui ont été fournies afin d’apporter la réponse la plus adaptée et la plus pertinente possible étant précisé qu’Emmy n’exploite ni ne réutilise les prompts et les documents saisis par les utilisateurs dans le but d’entrainer les modèles d’intelligence artificielle et autres produits développés par Mistral AI. 

L’usage d’autres agents conversationnels comme ChatGPT ou Gemini reste-t-il autorisé pour les agents du CNRS ? 

L’outil Emmy est proposé aux agents, mais ils n’ont bien évidemment aucune obligation de l’utiliser. Par contre, le déploiement de cet agent conversationnel sécurisé au sein du CNRS implique l’interdiction de l’usage d’autres outils aux fonctionnalités similaires, dans le cadre du travail des agents.  

Nous avons également rédigé un document présentant les conditions d’utilisation d’Emmy au CNRS et proscrivant l’utilisation de toute autre IA généraliste grand public. Une charte encadrant l’utilisation de l’IA au sein de l’organisme est aussi en cours de préparation. 

Quelles sont les limites liées à cet outil conversationnel, et quels points de vigilance faut-il avoir en tête lorsqu’on mobilise l’IA Emmy ?  

Cet outil peut être considéré comme un assistant personnel. Mais la qualité des réponses dépend de la précision des questions qu’on lui pose. Le risque est de se retrouver avec des réponses ambiguës ou fausses, car l’IA générative peut se tromper si elle n’a pas à sa disposition tous les éléments de contexte nécessaires. Il est donc nécessaire de garder du recul et de conserver un esprit critique face aux réponses formulées par ces outils.  

Lorsqu’il effectue une recherche sur le web, l’outil Emmy développé par Mistral AI fournit toujours ses sources dans les réponses qu’il apporte. Cela permet ainsi aux agents de pouvoir vérifier la véracité des éléments avancés par l’IA. 

Le CNRS est un des premiers acteurs de la recherche à fournir à ses agents un outil conversationnel. Un accompagnement est-il prévu afin de les former à cet usage ?  

Tout à fait. Plusieurs modules de formation vidéo et de sensibilisation à l’utilisation des outils d’IA générative sont déjà proposés aux agents. Deux modules, un d’une heure, et l’autre de 6 heures ont été déployés afin de sensibiliser le personnel du CNRS à propos de l’utilisation de ces outils d’IA. Il s’agit notamment de mettre en avant les conditions d’utilisations ainsi que les limites liées à ces usages. 

Nous souhaitons aussi mettre en place une formation ciblée sur les prompts, c’est-à-dire les instructions que l’on doit fournir aux outils d’IA générative pour obtenir une réponse appropriée. 

L’idée est de sensibiliser l’ensemble du personnel du CNRS aux problématiques liées aux usages de l’IA générative, sans se restreindre uniquement au cas de l’agent conversationnel Emmy.  

Il faut aussi se rappeler que l’usage d’Emmy doit se faire avec modération, comme celle de tous les outils d’intelligence artificielle, en raison de leur empreinte carbone.

Cette solution a été mise à disposition des agents du CNRS il y a près d’un mois. Quels sont les premiers retours ?

Plus de 7 000 usagers ont déjà activé leur compte pour utiliser l’outil Emmy. Sa mise en place est progressive, et nous constatons que le nombre d’utilisateurs augmente tous les jours. Nous avons déjà reçu de premiers retours positifs de la part des agents, et plusieurs demandes d’assistance concernant l’outil.