LINCS : un laboratoire commun au service de la confiance numérique et de la souveraineté européenne

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Comment assurer la sécurité, la fiabilité et la traçabilité des données numériques ? Le CNRS, Université Côte d’Azur et Docaposte, filiale numérique du groupe La Poste, s’unissent pour répondre à ces problématiques au sein du laboratoire commun LINCS, inauguré le 18 juin à VivaTech. 

Des enjeux plus que jamais d’actualité


Signer un contrat en ligne, détenir un dossier médical numérique partagé, réaliser un virement instantané : tous les jours, nous faisons circuler nos données dans des environnements numériques. Ces derniers doivent être sécurisés, pour éviter les fuites de données ou leur manipulation, et gérés par des opérateurs de confiance afin de ne pas perdre le contrôle sur ce qui est transmis – ou l’accès au service en lui-même. 

Les tensions géopolitiques et la montée en puissance de l’intelligence artificielle, qui ne peut fonctionner qu’en s’appuyant sur des masses de données considérables, renforcent l’importance de disposer de plateformes européennes souveraines et de confiance. Une étude publiée en mai 2026 par le Cabinet Asterès pour le Cigref estime ainsi que l’augmentation des tarifs des services de cloud et de logiciel américains représenterait un coût de 205 milliards d’euros pour les entreprises françaises, entraînant un manque à gagner de 0,6 point de PIB et près de 1,4 million d’emplois.

C’est dans ce contexte qu’a été lancé le laboratoire commun LINCS (pour Laboratoire informatique pour un numérique de confiance souverain), sur les stands du CNRS et de Docaposte à VivaTech lors de la journée « Défense, cybersécurité & IA ». 

« Nous travaillerons sur des solutions de confiance, comme la signature électronique, le Wallet Européen ou des logiciels de synthèse médicale pour les médecins... Nous voulons qu’elles soient sécurisées et bénéfiques aux citoyens français et européens », introduit Mohamed Rougi, CTO de la BU Digital Platforms chez Docaposte et co-directeur du laboratoire commun. 

Des environnements de confiance aux décisions explicables : des champs d’application vastes


Le laboratoire commun, signé pour une durée de quatre ans, s’organisera autour de quatre axes. 

Le premier axe concerne l’exécution de logiciels sur des environnements de confiance, par exemple sur des puces sécurisées qui ne peuvent pas être piratées. Le deuxième axe teste cette confiance via des jumeaux numériques, c’est-à-dire des environnements où l’on peut simuler des cyberattaques pour voir comment réagirait un système. 

Les deux derniers axes portent sur l’intelligence artificielle, avec le développement de techniques d’intelligence artificielle explicables et l’amélioration de la génération automatique d’arguments pour la prise de décisions.

Inauguration du laboratoire commun LINCS, jeudi 18 juin 2026 à Vivatech. © David Pell
De gauche à droite : Mohamed Rougi, CTO de la BU Digital Platforms à Docaposte et co-directeur du laboratoire commun, Denis Pallez, Maître de conférences en informatique à Université Côte d’Azur et co-directeur du laboratoire commun, Mehdi Gmar, Directeur général délégué à l'innovation du CNRS, Frédéric Dufaux, Directeur général adjoint de Docaposte, et Yannick Brisswalter, président d'Université Côte d'Azur. 

« Pour évoluer dans un monde numérique de confiance, il faut que l’on puisse comprendre pourquoi un logiciel a pris telle ou telle décision, et que sa logique soit extrêmement fiable », explique Denis Pallez, Maître de conférences en informatique à Université Côte d’Azur et co-directeur du laboratoire commun. 

« Docaposte opère dans des périmètres certifiés par le règlement eIDAS, et nos solutions doivent être auditables par un humain, pas par une machine », complète Frederic Dufaux, Directeur Général Adjoint de Docaposte. « Les notions de traçabilité, de contrôle et de vérification – pas seulement validation – par l’humain restent fondamentales. »

Les axes de recherche ne sont pas statiques : ils peuvent être amenés à évoluer en fonction de la technologie et des besoins. Une thèse CIFRE a déjà été soutenue, deux autres ont démarrées (ces trois premières thèses portent sur l’apprentissage automatique, la signature électronique et la sécurisation des transactions) et le laboratoire commun envisage au moins quatre autres thèses CIFRE. Par la suite, l’équipe souhaite co-développer des produits et solutions innovantes et envisage de répondre à des appels d’offres nationaux ou européens, en fonction des sujets émergents. 

Un cercle vertueux entre recherche et ingénierie


Le laboratoire d’informatique, signaux et systèmes de Sophia Antipolis (LIS, CNRS/Université Côte d’Azur) dispose d’une palette très large de compétences informatiques. C’est également le cas du site Docaposte à Sophia Antipolis, où tous les métiers du groupe sont représentés : la collaboration était donc évidente, et avait déjà pris la forme de projets ponctuels (stages de masters, étudiants en apprentissage chez Docaposte, thèses CIFRE…). Créer un laboratoire commun permet de pérenniser les échanges. 

« Le dialogue entre recherche et ingénierie se déroule dans les deux sens : mes recherches peuvent trouver une application industrielle, et les problèmes rencontrés en ingénierie peuvent également devenir des sujets de recherche - d'où la flexibilité des axes de travail du laboratoire commun », indique Denis Pallez. Une approche qu’apprécie également Mohamed Rougi : « ce qui est intéressant, c’est de confronter les deux domaines, travailler ensemble sur de nouveaux algorithmes, voir comment nous pouvons intégrer nos travaux communs dans les solutions de Docaposte… »

« Ce qui a commencé comme une simple amitié entre deux voisins, l'un d’Université Côte d'Azur et l'autre de Docaposte, a aujourd’hui pris la forme d’un partenariat qui concrétise le meilleur de ce qui se fait à Sophia Antipolis : l’excellence de la recherche fondamentale du CNRS et d’Université Côte d’Azur s’associe à l’expertise en confiance numérique de Docaposte », conclut Frédéric Dufaux.