Plateforme SHS Santé : « le rôle des parties prenantes pour avancer encore plus loin dans nos recherches est central »
Le colloque Risques, crises et sciences humaines et sociales : vers des observatoires inclusifs santé-environnement-travail, organisé par le CNRS et ses partenaires se tiendra du 24 au 26 octobre au Campus Condorcet. L’occasion de réaliser un premier bilan des recherches impulsées par la plateforme SHS Santé et de lancer de nouveaux questionnements. Emmanuel Henry, coordinateur CNRS de la plateforme nous en détaille les enjeux.
Quels sont les objectifs et particularités de la plateforme de recherche SHS Santé ?
Emmanuel Henry
La plateforme s’est construite autour de trois principaux axes : i) l’engagement des patients et du public dans l’organisation des services et l’élaboration des politiques publiques et la recherche ; ii) les enjeux de la mise en œuvre des politiques publiques de santé au niveau territorial, en particulier en lien avec les inégalités de santé de tous ordres et iii) les effets des mutations structurelles, notamment environnementales, climatiques, démographiques, sur la santé humaine et les modes de vies.
Deux ans plus tard, quel bilan peut-on faire de son activité ?
E. H. : Nous y avons développé deux types d’activités : des projets de recherche et des séminaires de recherche sur les deux premiers axes. Concernant le premier autour de l’engagement des patients et du public, nous avons organisé deux séminaires et lancé un appel qui a permis de mener quatre projets – sur le lien entre tuberculose et migrants, le rôle des usagers coordinateurs
La question des effets des mutations structurelles–environnementales ou démographiques—est toujours en cours de développement et sera la thématique de la seconde partie du colloque à partir des enjeux liés à la santé environnementale et la santé au travail qui constituent la thématique centrale de ce colloque.
Nous arrivons actuellement au terme de la première étape de la plateforme, mais le CNRS et ses partenaires souhaitent poursuivre son activité, notamment à partir de la question santé-environnement avec des observatoires inclusifs santé-environnement-travail dont certains seront présentés lors du colloque. Nous souhaitons en effet développer de nouvelles formes de recherche beaucoup plus impliquées avec les publics concernés et qui prennent la forme de dispositifs sur le long terme pour étudier les effets sanitaires sur les populations qui font face à des problèmes environnementaux.
A quel public s’adresse ce colloque SHS Santé ?
E. H. : Nous y attendons environ 200 personnes - chercheuses et chercheurs intéressés par les enjeux de santé environnement travail, mais également des financeurs de la recherche - avec l’ANR, la Fondation pour la recherche médicale, l’Anses
Nous avons aussi fait appel à des intervenants étrangers, qui ont une longue expérience en recherche collaborative et ont développé de nouveaux outils. Le sociologue américain spécialiste des questions de santé, Phil Brown, par exemple, présentera ses recherches sur l’épidémiologie populaire, une forme d’enquête épidémiologique dans laquelle les victimes elles-mêmes se mobilisent pour documenter les risques de santé, que ces travaux ont contribué à populariser.
Le colloque sera découpé en plusieurs sessions avec une partie autour des recherches émergentes sur les enjeux santé et environnement présentée par de jeunes chercheurs. Une autre session s’intéressera aux régulations des risques environnementaux avec des intervenants de Santé Publique France ou encore de l’Anses. Nous proposerons également une table ronde en collaboration avec des associations créées à la suite de différentes crises environnementales et sanitaires comme par exemple l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen, le chlordécone aux Antilles, ou encore en rapport avec d’autres risques environnement/santé/travail. Nous questionnerons notamment comment les SHS peuvent rendre plus audibles certaines voix souvent peu prises en compte par les institutions.
Enfin, lors du dernier jour du colloque, nous présenterons les nouveaux projets que l’INSHS va promouvoir autour d’observatoires inclusifs santé-environnement-travail. Ils pourront prendre différentes formes suivant les types de risques à documenter. Nous cherchons tout d’abord à tirer les leçons d’une initiative cherchant à dénombrer et rendre visibles les cancers d’origine professionnelle en Seine-Saint-Denis et dans le Vaucluse à travers un projet mené au sein de l’IRIS
Le colloque se veut prospectif. Ce n’est pas un bilan, mais bien une ouverture. Il se clôturera justement par une table ronde sur l’avenir des recherches en SHS sur les enjeux de santé environnement travail qu’animera Marie Gaille, directrice de l’INSHS.