« L’ERC ne peut financer que 10 à 15 % des demandes, il faudrait le double »
Alors que le futur programme cadre pour la recherche et l’innovation, « Horizon Europe1 » - et notamment l’ERC - semble mis à mal par les tractations pour le budget de l’Union européenne, la toute nouvelle Association des lauréats ERC souhaite devenir un porte-parole de la recherche fondamentale en Europe. Retour sur ses ambitions avec son fondateur, Axel Cleeremans.
- 1Horizon Europe est le programme-cadre de l'Union européenne pour la recherche et l'innovation pour la période allant de 2021 à 2027.
Qu’est ce qui a motivé la création de The Association of ERC Grantees ?
Axel Cleeremans
Justement, quels sont les objectifs tangibles de cette association ?
A. C. : Nous en avons trois. Il faut tout d’abord réussir à rassembler les 10 000 lauréats ERC afin de créer une large et forte communauté apte à partager sa vision de la recherche fondamentale. Et ils représentent un poids et une influence considérable : ces 10 000 lauréats sont à l’origine des publications les plus citées au monde et représentent 7 Prix Nobel et presque 2 000 brevets. De plus, cela leur permettra de développer des collaborations entre eux, car le dialogue – surtout interdisciplinaire – est essentiel à la recherche fondamentale. La preuve : l’ERC a créé les bourse Synergy qui récompensent des projets pluridisciplinaires mêlant des chercheurs de différents horizons.
Le deuxième objectif est de devenir une voix pour l’ERC et la recherche fondamentale en Europe. Cela auprès du grand public en organisant des événements afin de partager les résultats de nos travaux scientifiques, mais aussi vers les décideurs politiques en intervenant dans les débats ou en interagissant avec l’agence de l’ERC elle-même. La recherche fondamentale est essentielle pour s’attaquer aux grands défis de la planète comme la réduction des inégalités, la protection de l’environnement, ou encore le développement d’une économie verte et digitale. Les scientifiques veulent s’investir et représentent une « banque de l’esprit » qui ne demande qu’à être utilisée.
Enfin, nous souhaitons mettre en place un système de mentoring pour aider les jeunes chercheurs à postuler à l’ERC pour favoriser la diversité et la qualité des recherches européennes. Nous voulons notamment mettre l’accent sur les pays moins représentés au sein des lauréats ERC tels que la Bulgarie ou la République Tchèque, par exemple. Nous comptons également créer une catégorie pour des membres honoraires qui ne disposeraient pas de voix, mais qui deviendraient des « amis » de l’association. Cette catégorie pourrait intéresser de jeunes chercheurs qui souhaitent postuler à l’ERC et bénéficier d’un accompagnement de leur candidature. Mais elle s’adresse également aux institutions qui souhaiteraient collaborer avec nous. Cette association doit être la plus ouverte et collaborative possible pour rejoindre l’écosystème de groupes et de réseaux qui soutiennent la recherche scientifique et plus spécifiquement la recherche fondamentale en Europe, comme le G6
Le futur programme-cadre européen pour la recherche « Horizon Europe » pourrait voir son budget réduit, une décision qui impacterait grandement l’ERC. Son président, Jean-Pierre Bourguignon, se bat pour faire valoir son importance auprès des décideurs politiques. Quelle est votre position sur ce sujet ?
A.C. : On ne peut que se ranger derrière ce constat et cela serait dramatique. Il est étonnant de voir que malgré la crise que nous traversons actuellement, certains pensent toujours que la recherche - et plus particulièrement la recherche fondamentale - est une forme de luxe dont on peut se passer. Mais c’est justement en investissant dans la recherche que nous pourrons nous mettre à l’abri de menaces futures. Il faut se battre pour que le budget soit maintenu, mais aussi et surtout augmenté. La recherche européenne ne peut stagner face à la concurrence internationale. Nous ne pouvons nous le permettre tandis que nous sommes devant le constat effrayant que l’ERC ne peut financer que 10 à 15 % des demandes alors que le double mériterait d’être financé. Étant moi-même sur l’un des panels ERC, je vois des projets de superbe qualité rejetés faute de financements… Et il faut que cela change. Un des premiers défis que notre Association of ERC Grantees compte bien prendre à bras le corps.