Une première mondiale : un satellite propulsé à l’iode
Issue d’un laboratoire commun entre le CNRS et l’Ecole polytechnique, la compagnie ThrustMe a conçu le premier moteur électrique pour des petits satellites qui utilise de l’iode. Alors que le prototype a été mis en orbite la nuit dernière, la fondatrice et CEO de ThrustMe, Ane Aanesland, nous explique les enjeux.
Le satellite qui utilise vos technologies vient tout juste d’être envoyé dans l’espace depuis Taiyuan en Chine à 4h20 (heure française) cette nuit. Comment vous sentez-vous ?
Ane Aanesland : Je suis très heureuse et extrêmement fière et impressionnée par le travail de mon équipe! C’est l’aboutissement de plusieurs années de travail. J’ai fondé ThrustMe en 2017 avec Dmytro Rafalskyi mais ces résultats sont le fruit de travaux effectués au Laboratoire de physique des plasmas
Pourquoi utiliser de l’iode pour propulser un satellite ?
A.A. : ThrustMe conçoit différents moteurs pour des satellites de petite taille. Ces petits satellites sont souvent déployés en constellation, c’est-à-dire en groupe coordonné avec des satellites placés sur des orbites synchronisées, ce qui leur permet une couverture du globe terrestre plus complète. Cela est utile pour diverses missions, comme le suivi de précision des cultures agricoles ou la fourniture d'accès Internet à haut débit. Comme tous les satellites lancés en même temps doivent ensuite rejoindre leur propre orbite, la propulsion embarquée devient un élément clé du spatial.
Pour être embarqués sur de tels satellites, nos moteurs doivent être miniatures et peu coûteux, économiquement et en termes environnementaux. Mais ils doivent aussi être très performants, pour assurer le déploiement initial de la constellation, des changements de trajectoires, l’évitement d’éventuels débris spatiaux ou d’autres satellites, et bien sûr la fin de vie
L’iode a plusieurs avantages pour atteindre ces objectifs. Il est stocké sous forme solide, contrairement à l’habituel xénon qui, en plus d’être rare donc coûteux, nécessite des réservoirs à haute pression complexes et sensibles. Cela rend le système de propulsion plus sûr et facilite son intégration dans un satellite et les tests associés. Plus dense et facile à stocker, l’iode permet des systèmes plus petits. Il est aussi peu onéreux. L’iode pourra ainsi répondre à la demande croissante due au développement des constellations de satellites
Pourquoi avoir choisi la chinoise SpaceTy pour lancer ce premier satellite propulsé à l’iode ?
A.A. : Le marché pour la propulsion spatiale est aujourd’hui à 40 % en Chine, suivie par les États-Unis et, en plus faible proportion, l’Europe. Il est donc important pour nous d’être présents dans tous ces pays. Nous collaborons avec les États-Unis sur d’autres systèmes. Nous avons signé en septembre notre premier contrat avec l’Agence spatiale européenne (ESA), justement pour le développement de moteurs à iode solide, et avons reçu un fort soutien de l’agence française, le Centre National d'Études Spatiales (CNES). SpaceTy est notre première collaboration avec une entreprise commerciale chinoise. Elle développe et opère notamment des satellites de démonstration scientifique et technologique. Nous avons déjà collaboré avec eux l’an dernier pour tester des technologies cruciales pour le stockage et l’utilisation d’iode sur leur satellite Xiaoxiang 1(08), en utilisant notre moteur à gaz froid. Cette fois, nous allons effectuer des tests complets du système de propulsion électrique, y compris des manœuvres orbitales, pendant plusieurs mois. Une véritable démonstration en orbite est une étape clé pour la commercialisation de notre moteur. D’ailleurs, SpaceTy a d’ores et déjà commandé plusieurs de nos moteurs pour leur prochaine constellation « Synthetic Aperture Radar » qui permettra de créer des reconstruction 2D et 3D de paysages et de villes grâce à un radar.