Comment le CNRS compte réduire son impact sur la biodiversité
Le CNRS a réalisé un premier bilan des impacts de ses activités sur la biodiversité, avec le Global Biodiversity Score. Une étape initiale avant d’engager une démarche ambitieuse pour les atténuer et valoriser en parallèle la biodiversité sur ses sites.
Début 2025, la publication du premier schéma directeur développement durable et responsabilité sociétale du CNRS marque un tournant dans la démarche environnementale du CNRS. Désormais, au-delà de la question du carbone, sa principale préoccupation ces dernières années, l’organisme entend appliquer « une approche systémique et interconnectée de nos actions, expliquait alors son président-directeur général, Antoine Petit. Avec ce schéma, nous prenons aussi en compte nos impacts sur les sols et la biodiversité, la préservation de la ressource en eau, la transition vers une alimentation durable, ou encore la maîtrise des pollutions et des déchets ».
Encore faut-il mesurer de tels impacts. C’est désormais chose faite pour la biodiversité. Au terme d’un an de travail collectif mené par le pôle Transition environnementale du CNRS (Mission transverse d’appui au pilotage) avec plusieurs directions fonctionnelles et l’appui du cabinet de conseil Utopies, le CNRS a réalisé une première tentative pour quantifier l’impact de ses activités de recherche – avec toutes les incertitudes que comporte une telle démarche – sur la biodiversité au moyen d’une méthode développée par la Caisse des dépôts et consignations : le Global Biodiversity Score (GBS). Si certains établissements de recherche – comme les universités d’Oxford et Utrecht – ont eu recours à d’autres outils, le CNRS a retenu le GBS à l’issue d’une analyse comparative des méthodes existantes. Le GBS permet en effet de mesurer l’impact sur la biodiversité de l’ensemble de la chaîne de valeur d’une organisation sous la forme d’une métrique, estimée à partir de valeurs monétaires. En l’occurrence : le Mean Species Abundance (MSA), soit un indicateur de la perte de biodiversité au km² selon les actions d’une organisation. Au CNRS, la perte est donc de 2 MSA/km² par an, soit l’équivalent de 2 km² de forêt primaire transformé en parking bitumé.
Quels sont les principaux facteurs d’impact du CNRS sur la biodiversité ? Sans surprise : les achats. Alors qu’ils représentent 85 % du dernier bilan carbone de l’organisme, ils pèsent jusqu’à 97 % de son premier bilan biodiversité. Les activités de recherche contribuent en effet de manière indirecte aux cinq principales pressions
Des impacts concrets sur les activités humaines
Au-delà de ces chiffres, l’impact des organisations sur la biodiversité a des conséquences très concrètes sur les activités humaines. Quand bien même « la biodiversité reste un impensé », estime Philippe Grandcolas, expert associé à la démarche biodiversité et directeur adjoint scientifique de CNRS Écologie & Environnement, l’un des dix instituts du CNRS, sa diminution réduit et contraint d’autant les activités, la survie et le confort de Homo sapiens. Par exemple, la dégradation de la faune du sol par les pesticides rend une bonne part des sols agricoles peu capables de retenir l’eau ou les nutriments ; la fragmentation des habitats naturels met en contact les humains avec des animaux réservoirs de pathogènes, ce qui augmente l’émergence de maladies infectieuses ; ou encore la disparition de l’eau verte, c’est-à-dire la majeure partie des précipitations atmosphériques absorbée par les végétaux, augmente fortement la vulnérabilité des deux-tiers de l’humanité au stress hydrique. En d’autres termes : « Les externalités négatives de nos activités s’accroissent démesurément », déplore Philippe Grandcolas.
Pour aller contre cette tendance, le CNRS élabore une stratégie biodiversité qui permettra de prendre en compte à la fois ses impacts globaux, la valorisation de ses sites et son influence dans la société via la diffusion des connaissances Celle-ci porte au premier chef sur la question des achats. Avec un slogan : « Acheter mieux », rappelle Séverin Baron, référent national transition environnementale adjoint du CNRS et responsable de la démarche biodiversité du CNRS
Vers des observatoires de la biodiversité
Ces bénéfices, que ce soit ceux rendus par la préservation ou le rétablissement de la biodiversité ou ceux relatifs à d’autres thématiques, comme l’adaptation au changement climatique, sont au cœur de la démarche impulsée par le CNRS au sujet de son patrimoine foncier. À ce titre, le CNRS s’est doté d’un atlas analysant la proximité de ses sites avec les aires protégées. La majorité de ses sites (71 %) se situe à moins de 5 km d’une aire naturelle protégée, voire, pour presque un tiers d’entre eux (27 %), à l’intérieur de ce type d’aire, à l’instar du campus de Luminy, dans le parc national des Calanques, à Marseille. Ce qui implique un certain nombre de responsabilité pour le CNRS, gestionnaire de ces sites. L’objectif est, assure Séverin Baron, de « faire des sites du CNRS des terrains de développement des connaissances alliant sobriété, protection du vivant et qualité de vie au travail ».
Pour ce faire, l’établissement lance à compter du printemps 2026 une démarche originale : un suivi de la biodiversité de ses campus par ses propres agents. Inspirée des sciences participatives, cette approche vise l’alimentation de deux bases de données nationales, portées par le programme VigieNature, à savoir Propage pour les papillons et Florilèges pour la flore des prairies urbaines. « Ces bases ont été choisies car elles couvrent un large éventail de pressions à l’encontre de la biodiversité sur nos sites », précise le référent national adjoint. Et de lister celles-ci : quiétude et piétinement, produits phytosanitaires, pression sur les corridors biologiques, changement climatique ou encore fauche des prairies.
En pratique, deux à trois agents volontaires par site réaliseront ces suivis locaux, accompagnées par un animateur. Fin mai, le campus de Gif, dans la vallée de l’Yvette, en contrebas du plateau de Saclay (Essonne), initiera le premier observatoire de la biodiversité sur son riche campus végétalisé de 72 hectares, dont la moitié est constituée de forêt, avant que le programme essaime à partir de ce site pilote en direction d’autres campus volontaires l’année suivante.
La démarche redonne de l’espoir à Philippe Grandcolas. L’écologue voit dans la démarche une opportunité de mettre en place des solutions fondées sur la nature, comme préconisées dans le programme et équipements prioritaires de recherche