La France au cœur de la recherche polaire mondiale
À l’occasion de l’UNOC-3 a été présentée une prospective sur la recherche scientifique française aux pôles, le premier livrable de l’agence de programme Climat, biodiversité et sociétés durables, confiée au CNRS.
L’agence de programme que vous dirigez vient de sortir une prospective sur la recherche polaire française. Pourquoi ce choix pour son premier livrable ?
Elsa Cortijo
Par la suite, lors du sommet international One Planet Polar Summit fin 2023, Emmanuel Macron a annoncé le lancement d’un programme de recherche sur l’Antarctique de l’Est pour lequel la communauté scientifique s’était fortement mobilisée. Dans la foulée, mi 2024, quelques mois après la création des agences de programmes, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche nous a sollicités pour établir une prospective polaire scientifique, le pendant pour la recherche de la stratégie polaire. En pratique, cette prospective vise à traduire l’ambition de la stratégie polaire en orientations de recherche concrètes, autour d’un programme cohérent, interdisciplinaire et tourné vers la coopération internationale.
Pour ce premier livrable, l’agence a pris en charge la maîtrise d’ouvrage et confié la maîtrise d’œuvre au CNRS, via son institut CNRS Terre & Univers, en associant l’ensemble des partenaires de l’agence impliqués dans la recherche au pôle (CEA, Ifremer, MNHN et plusieurs universités). Avec 10 % de ses UMR sous cotutelle concernées par la recherche polaire et 70 à 80 % des publications françaises sur les pôles, le CNRS constitue l’organisme de recherche français disposant du plus de forces dans ce domaine et représente le deuxième institut mondial en nombre de publications sur les régions polaires.
Quelles sont les grandes conclusions de cette prospective ?
E. C. : La prospective publiée aujourd’hui, à l’occasion de la troisième conférence des Nations unies sur les océans (UNOC-3) à Nice, présente un programme structurant de recherche aux pôles élaboré par la communauté scientifique nationale. Un programme interdisciplinaire qui couvre les trois régions polaires – Arctique, Antarctique et terres subantarctiques – et l’ensemble du système socio-environnemental polaire (voir encadré ci-dessous). Cette démarche s’inscrit également dans le cadre d’une coopération internationale forte, avec la Décennie d’action pour les sciences de la cryosphère (2025-2034) lancée par l’Unesco, mais aussi dans la perspective du programme international Antarctica InSync
15 défis scientifiques et des investissements importants : les priorités pour la recherche polaire
L’Arctique se réchauffe près de quatre fois plus vite que la moyenne mondiale, les glaciers fondent en Antarctique, des virus atteignent les régions subantarctiques… « Les pôles sont à la fois des sentinelles et des moteurs du climat, et ce qui s’y passe a des conséquences sur les écosystèmes et les populations à l’échelle aussi bien locale que globale », explique Gaël Durand
Outre ce premier livrable, quels sont les prochains projets de l’agence ?
E. C. : Deux autres sujets sont en cours de lancement.
Le premier sujet est traité de manière collective avec les agences de programme « Agralife » portée par l’INRAE et « Santé » portée par l’Inserm. Il concerne la thématique One Health
L’autre sujet porte sur les interventions climatiques humaines, plus connues sous le nom de « géo-ingénierie ». Face à la difficulté de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, en dépit des efforts en ce sens déjà effectués et qui doivent être poursuivis, il germe de plus en plus dans un certain nombre d’esprits l’idée de mettre en œuvre des technologies spécifiques. Celles-ci visent soit à soustraire du CO2 de l’atmosphère, par exemple en augmentant le taux d’absorption de carbone par les océans – une stratégie qu’on appelle carbon dioxyde removal (CDR) –, soit à modifier le bilan radiatif de la planète
Les pays et les communautés scientifiques se montrent très divisés sur les interventions climatiques. Tandis que certains réclament un moratoire, d’autres les envisagent de plus en plus comme des pistes à examiner contre le dérèglement climatique, à l’instar du Royaume-Uni qui vient de lancer un premier appel à projets sur les SRM. Ces questionnements se retrouvent au sein même du GIEC, où l’enjeu est désormais de savoir s’il faut ou non intégrer certaines de ces technologies aux travaux de son septième rapport, à paraître d’ici la fin de la décennie. Dans ce cadre complexe, l’objectif de notre travail, soutenu entre autres par le ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche, sera d’aboutir à une feuille de route nationale dans une perspective européenne.
Situés à l’interface des problématiques de la recherche et de la société civile, ces deux nouveaux sujets se trouvent au cœur des problématiques de notre agence de programme.