« Le CNRS recherche l’excellence scientifique dans tout le Canada »
Un an après l’inauguration du premier centre de recherche international du CNRS au Canada, Andréa Dessen, nouvelle directrice du bureau du CNRS à Ottawa, revient sur les perspectives de développement de collaborations scientifiques dans le pays, entre association à Horizon Europe et accueil des scientifiques étatsuniens.
Fin août 2025, Antoine Petit, président-directeur général du CNRS, se rendait au Canada. Quel était l’objectif de cette visite ?
Andréa Dessen
Nous avons en outre pu bénéficier d’un aperçu des futurs projets de collaboration, à l’image du PhD Joint Programme
À l’instar de la coopération avec l’UdeS, les collaborations internationales avec les partenaires du CNRS se sont multipliées au Canada depuis l’ouverture du bureau d’Ottawa en 2022. Comment expliquer cette dynamique ?
A. D. : Le CNRS y a en effet été très bien accueilli par les institutions scientifiques locales. Cette dynamique, positive et excitante, se manifeste particulièrement au vu du nombre de copublications entre le CNRS et ses partenaires canadiens. Entre 2020 et 2024, on en compte plus de 12 000, soit environ 2 400 copublications par an. Ces chiffres, qui tendent à croître, placent le CNRS en troisième partenaire international des établissements canadiens. Réciproquement, le Canada figure en quatrième position des partenaires extra-européens de notre organisme.
Par-delà les statistiques, je peux m’appuyer sur une solide base établie par mon prédécesseur, Jan Matas, afin de consolider les relations scientifiques structurées avec nos partenaires canadiens. Si le CNRS, en tant qu’institution française, se nourrit de relations historiques et diplomatiques privilégiées avec le Québec, en témoigne l’IRC avec l’UdeS, ses collaborations ne s’arrêtent pas à la Belle Province. Le CNRS recherche l’excellence scientifique dans tout le pays sans se cantonner à un territoire géographique particulier. C’est pourquoi il a noué des partenariats privilégiés avec les universités ontariennes de Toronto – via un PhD Joint Programme et le programme Twin Research Scholars – et d’Ottawa – qui héberge le bureau national et accueille trois projets de recherche internationale et deux réseaux de recherche internationale (IRN). Il en va de même à l’autre bout du pays, sur sa façade pacifique, où le CNRS a lancé cette année un nouveau PhD Joint Programme avec l’Université de la Colombie-Britannique, à Vancouver.
Quelles sont les perspectives de développement du CNRS au Canada ?
A. D. : Après le lancement du Comité mixte France-Canada (Comix) en 2023 ainsi que la création de l’IRN Canada-France Quantum Alliance (Cafqa), un réseau thématique autour du quantique qui réunit une vingtaine d’institutions françaises et canadiennes, le Comix 2025 a décidé de mettre l’accent sur les océans et les pôles. L’expertise française dans ce domaine y est reconnue, en particulier celle développée au CNRS, partenaire hexagonal du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada. La coopération sur les océans et le polaire est également au cœur des activités de l’IRL Takuvik, une collaboration réussie entre le CNRS, l’université de Laval et Sorbonne Université. Compte tenu de la portée globale de cette thématique, le Comix franco-canadien a décidé de soutenir des coopérations plus élargies dans le cadre multilatéral du Belmont Forum. Autre opportunité de développement : l’intégration en 2024 du Canada au pilier II
En d’autres termes, nous souhaitons faire du bureau un endroit accueillant pour nos différents partenaires canadiens et ainsi renforcer nos collaborations avec le Canada grâce aux outils d’amorçage de collaboration internationale du CNRS ainsi qu’à travers l’accès à des financements plus ambitieux tels que ceux proposés par Horizon Europe. D’autant plus qu’avec le contexte actuel aux États-Unis, les scientifiques canadiens ont marqué un intérêt accru pour les collaborations avec l’Europe.
Justement, comment l’écosystème scientifique canadien a-t-il réagi au nouveau positionnement de la Maison Blanche vis-à-vis de la science ?
A. D. : Principalement par des propositions d’accueil d’étudiants et de scientifiques étatsuniens. Un sondage mené par la revue Nature début 2025 avait montré que 75 % des scientifiques étatsuniens envisageaient de quitter leur pays ; l’Union européenne et le Canada figuraient parmi les principaux lieux d’accueil envisagés. Et de fait, de grandes universités canadiennes comme Ottawa et Toronto ont vu une hausse de 25 % de leurs demandes d’admission, aussi bien de la part d’étudiants que de professeurs.
Au Québec, les universités de Laval, McGill, de Sherbrooke et de Montréal ont, de manière proactive, lancé le programme Polaris à destination des scientifiques étatsuniens et des canadiens habitant aux États-Unis. Celui-ci vise à créer de nouvelles chaires de recherche sur des domaines stratégiques – l’IA, la santé et la biodiversité – et des bourses ciblées pour les doctorats, à soutenir des scientifiques en début de carrière et à investir dans des structures de recherche. Cet état de fait ouvre de nouvelles perspectives de coopération pour le CNRS, en particulier avec l’ouest canadien, et représente finalement une opportunité pour renforcer un existant déjà très solide et empreint d’excellence.