Trois choses à savoir sur les incendies

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En cet été 2026 caniculaire*, la France fait face à de grands feux dévastateurs en Gironde, mais aussi dans le Var, en Île-de-France, en Corse... Sont-ils plus fréquents qu’auparavant ? Comment s'en protéger, mieux les combattre et les anticiper ? Trois choses à savoir sur les incendies, avec Jean-Baptiste Filippi, chargé de recherche au CNRS spécialisé en calcul numérique pour la prévision des feux.

1- Les journées à très forts risques de feux pourraient doubler d’ici à 2050

Si l’on base les observations sur le temps long, on constate qu’il y a plus de vagues de chaleur qu’auparavant, et que ces canicules longues, avec un dessèchement profond sur des périodes de 10 à 15 jours, créent les conditions favorables à de grands feux

Ainsi, selon les projections climatiques à long terme :

  • Les journées à très forts risques de feux pourraient doubler d’ici à 2050 par rapport aux années 2000
  • Le risque d’incendie augmenterait de 20 jours par an dans une large partie de la France à la fin du siècle.
  • La probabilité d’incendie extrême pourrait être multipliée par 4 à 10 sur 36 % de la région méditerranéenne à la fin du siècle.

Afin de synthétiser l’état des connaissances sur les villes face aux incendies de forêt dans le contexte du changement climatique, le CNRS a lancé une expertise scientifique collective (ESCo) « Incendies de forêt et ville »

2- Il existe plusieurs manières de se protéger des incendies 

Pour se préparer et se protéger des grands feux, plusieurs solutions sont possibles. La première est liée à l’aménagement du territoire : débroussailler devant chez soi, entretenir la toiture et les gouttières pour éviter l'accumulation de débris susceptibles de s'enflammer, installer des double-vitrages, des volets résistants au feu et des dispositifs de protection des grilles de ventilation ou des conduits de cheminées, éviter le stockage des bûches contre le mur… 

De même, mieux vaut privilégier certains végétaux pour leur forte teneur en eau (Aloès, Succulente, châtaignier commun...) et en éviter d'autres (Eucalyptus, Pins, Cyprès, Bambous, Thuyas...) qui sont facilement inflammables.

Sur la plateforme EXPLORII du laboratoire SPE (Université de Corse/CNRS) portée par Virginie Tihay-Felicelli, les  scientifiques étudient la vulnérabilité des constructions face à un incendie de végétation : quelle est la distance de sécurité raisonnable, quelles sont les haies et les matériaux résistants au feu, etc. Le but est de préconiser et adapter pour créer une ceinture de résistance au feu autour des habitats.

L’autre manière de se préparer aux incendies, c’est d’étudier les risques météorologiques. Cela nécessite de savoir comment fonctionne la forêt, de déterminer l’état de sécheresse des forêts à partir de mesures satellites, etc. Avec un objectif : anticiper les journées à plus grand risque de feux.

3- Mieux comprendre le comportement des feux est un enjeu majeur pour mieux les combattre

Durant l'été 2025, dans le cadre du projet européen EUBURN, piloté par Météo France et le CNRS, une campagne de mesures inédites sur le terrain a été lancée en France. Le but de cette campagne, coordonnée par Cyrielle Denjean (Centre National des Recherches Météorologiques), était de constituer une base de données scientifiques pour mieux comprendre, surveiller, et anticiper les incendies. 

Dans ce cadre, les calculs numériques sur lesquels Jean-Baptiste Filippi travaille simulent tous les scénarios possibles, en fonction des actions de lutte. Ces simulations permettent de prévoir le comportement de l’incendie et du panache de fumée, ce qui peut aider à la planification des vols scientifiques de la campagne, mais aussi à terme à la prise de décision des secours sur place : faut-il confiner certains endroits, quel sera le plan de vol des canadairs, etc. 
Les calculs et les différentes données recueillies permettent également d’être plus précis sur les phénomènes météorologiques à venir. 

Ce qui fait très peur, ce sont les phénomènes météorologiques extrêmes, qui allient sécheresse et vents forts, comme à Los Angeles, ou à Pedrogao, au Portugal, où le feu était pyro-convectif, c’est-à-dire que le feu est tellement chaud qu’il brûle avec la même intensité le jour et la nuit. Les feux les plus dangereux sont ceux pour lesquels il y a le plus d’incertitudes. Avec les différents recueils de données, calculs et simulations, les équipes de scientifiques cherchent à mieux gérer cette incertitude.

 

Jean-Baptiste Filippi est chargé de recherche au CNRS, spécialisé en calcul numérique pour la prévision des feux, et affecté au laboratoire des sciences pour l’environnement, à l’Université de Corse Pasquale Paoli. Il est l'un des pilotes de l'expertise collective du CNRS "Incendies de forêt et ville", aux côtés de Christine Bouisset, professeure des Universités à lUniversité de Pau et des pays de lAdour et chercheuse a lUMR CNRS TREE.

*Cet article a initialement été publié en juillet 2025 et mis à jour en juillet 2026.