L'IRD et le CNRS : des liens forts
Le renouvellement en janvier de l'accord-cadre qui lie l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et le CNRS rappelle l'importance et le dynamisme des projets communs aux deux institutions.
« Nos deux institutions ont avant tout l’ambition de faire avancer les connaissances avec une recherche pluridisciplinaire d’excellence pour aborder les enjeux globaux d’aujourd’hui et de demain », affirme Alain Schuhl, directeur général délégué à la science du CNRS, suite à la signature d’un nouvel accord-cadre entre le CNRS et l’IRD, rappelant la longue histoire des deux partenaires.

Créé en 1944, l'Office de la recherche scientifique coloniale (ORSC) devient l’Institut de recherche pour le développement (IRD
Des liens historiques
Lorsque l’IRD adopte son sigle définitif, « moment de rapprochement important » selon les deux organismes, se forment des unités mixtes de recherche (UMR) autour de projets scientifiques communs. Depuis, les collaborations sont nombreuses et évoluent avec les deux institutions. Au service du développement, en particulier durable, l’IRD « co-construit et co-valorise » aujourd’hui ses projets de recherche avec 38 pays des zones intertropicale et méditerranéenne, notamment en Afrique et « avec une attention particulière aux territoires d’Outre-mer », explique Valérie Verdier, sa présidente-directrice générale. L’institut mène « une recherche d’excellence basée sur des valeurs éthiques importantes et une confiance mutuelle, avec des partenariats qui se veulent respectueux et équilibrés entre les Nord et les Sud, au bénéfice des pays et territoires qui font de la science et de l’innovation des leviers de leur développement ».
Des valeurs auxquelles le CNRS adhère, lui qui est cotutelle de près des deux tiers des 78 unités de l’IRD
Des liens au-delà des unités mixtes
Chercheuse à l’IRD, Marie Mirouze travaille au Laboratoire génome et développement des plantes dont les tutelles sont le CNRS et l’Université de Perpignan Via Domitia, mais dans une équipe récemment labellisée par l’IRD. Celle-ci s’intéresse à la dynamique des génomes d’espèces végétales, c’est-à-dire à la grande diversité génétique que l’on peut mesurer au sein même d’une espèce, liée aux mutations génétiques et aux abondants « éléments transposables » capables de sauter d’un endroit à un autre dans le génome. Par exemple, l’équipe a identifié l’ensemble des sites d’insertion possibles de ces éléments transposables dans 3000 génomes de riz cultivés en Afrique et Asie, et a découvert que chaque variété de riz dispose de son propre répertoire de sites, donc de ressources génomiques distinctes pour s’adapter à des changements dans son environnement. La chercheuse met également en place des enseignements de bio-informatique à distance avec le Mali et le Sénégal, en profitant de la « visibilité » et des « portes institutionnelles » ouvertes par la labellisation de l’équipe et plus largement l’accord-cadre : « nous avons aujourd’hui les savoirs et les moyens technologiques pour sortir davantage des laboratoires et aller sur le terrain. La synergie entre le CNRS et l’IRD prend tout son sens dans ces actions. », prône-t-elle.
L’accord-cadre renouvelé permet donc de fixer les priorités partagées et une stratégie pour avancer de manière coordonnée et complémentaire, grâce aux dispositifs spécifiques à chaque établissement et « sans doublonner », tout en précisant les règles de gestion des unités mixtes et de mobilité des scientifiques. Il concerne en particulier quatre instituts du CNRS.
Des sujets et outils, mais aussi des valeurs et cultures partagées
« Nous avons des thématiques et des zones d’intérêts en commun, depuis la Terre solide jusqu'aux interfaces fluides (océans et atmosphère) et surface », détaille Nicolas Arnaud, directeur de l’Institut national des sciences de l’Univers du CNRS (Insu) dont près d’un quart des unités sont en cotutelle avec ce partenaire. « Au-delà, nous cultivons tous deux une culture de l’observation sur le long terme – sur des milliers voire millions d’années – pour caractériser les variations de la planète » : risques sismiques et volcaniques, histoire de la Terre, dynamique de l’océan et couplage au climat, caractérisation des variations climatiques à travers l’archive paléoclimatique océanique et continentale, etc. font donc partie des champs disciplinaires partagés.
L’IRD est aussi un partenaire très engagé des Observatoires des sciences de l’Univers (OSU) du CNRS, structures gérées par l’Insu dont la mission première consiste à maintenir des séries d’observations sur le temps long sur de grandes variables géophysiques, géochimiques et biologiques du milieu naturel (température, quantité de gaz à effet de serre, etc.) pour en qualifier la variation. Ils rassemblent tous les laboratoires (de toute tutelle) du champ des sciences de la planète et de l’environnement sur un site donné. Y sont mutualisées, notamment avec l’IRD, des plateformes et des infrastructures de recherche comme le projet OZCAR
Des relations co-construites au Nord comme au Sud
« Particulièrement colorée » par la présence de l’IRD et du Cirad, la MSH Sud de Montpellier, seule MSH dont le CNRS et l’IRD sont cotutelles
L’IRD et le CNRS se retrouvent également au sein d’alliances de recherche, comme l'Alliance pour les sciences de la vie et de la santé (Aviesan
Quatre instituts du CNRS concernés
Les deux institutions sont aussi convaincues du rôle central d’une science engagée pour répondre aux Objectifs du développement durable (ODD). Comme les six défis sociétaux mis en avant par le CNRS dans son Contrat d’objectifs et de performance (COP) signé avec l’État, les axes de recherche de l’IRD s’organisent en 9 grands défis interdisciplinaires dont le climat, la biodiversité ou encore le concept d’une seule santé, « une ligne de conduite pour les années à venir qui devrait nous permettre de progresser sur l’atteinte des ODD » selon Valérie Verdier.
La description et l’analyse des changements globaux et environnementaux sont aussi appréhendés sous l’angle économique, social, culturel, politique et juridique. « Il existe un intérêt commun à déployer un maillage de recherches – sous forme de collaborations, laboratoires, réseaux – avec les pays du continent africain et à mettre en avant, dans ce contexte, des orientations clé de nos organismes, telle que la science ouverte. », indique Marie Gaille, directrice de l’Institut des sciences humaines et sociales du CNRS (INSHS). Les compétences scientifiques et les outils de recherche des deux institutions permettent ainsi de mener des recherches notamment sur les politiques publiques, les questions économiques, les conditions de la résilience d’agrosystèmes face aux crises environnementales, les formes de la migration contemporaine, les transformations sociales liées à ces mouvements de population, etc.
La science de la durabilité au cœur de l’accord-cadre
Récemment, l’IRD a mis en avant une approche singulière de la science de la durabilité, une nouvelle démarche qui porte sur les interactions entre les systèmes naturels, sociaux et techniques, un enjeu que le CNRS prend autant à bras le corps. « C’est un cadre de référence scientifique interdisciplinaire et multi-acteurs qui doit nous aider à orienter nos décisions en conjuguant les différents enjeux de préservation des écosystèmes, de durabilité des activités humaines et du développement des sociétés. L’IRD et le CNRS travaillent de concert sur ce sujet », confirme Alain Schuhl. En particulier, un appel à projets a déjà été lancé par les deux partenaires via la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) du CNRS et Future Earth. Ils ont aussi obtenu que l’Agence nationale de la recherche dédie un axe à ce sujet dans son appel générique 2022. Une rencontre-débat co-organisée aura lieu sur le sujet à Marseille les 11 et 12 mai prochains.
Une collaboration jusqu’au fond de la mer
Dans le cadre du projet européen PREST
Au-delà de la science de la durabilité, « nous nous retrouvons également sur des questions comme la biodiversité marine ou l’écologie de la santé, en Afrique, en Guyane ou à la Réunion », précise Stéphane Blanc, directeur de l’Institut écologie et environnement du CNRS (Inee) qui fait partie du conseil d’administration de l’IRD au nom du CNRS. Des recherches conjointes ont ainsi été menées sur le Covid-19, par exemple sur le suivi de la propagation des variants ou l’efficacité des vaccins.
Les deux institutions préparent aussi plusieurs Programmes et équipements prioritaires de recherche (PEPR) exploratoires, dont l’un est dédié à la science de la durabilité et sera « le parachèvement d’une décennie de développement de nos outils sur ces questions », souligne Stéphane Blanc. Un autre, coporté également par l’Ifremer