Projets européens : le CNRS et ses partenaires à Marseille unissent leurs forces
Le 16 février 2024 à Marseille a été inaugurée la Mission Europe pour la Recherche. Ce « guichet unique » pour candidater aux financements européens de recherche et d’innovation est le fruit d’une mutualisation portée par Aix-Marseille Université, le CNRS, l’Inserm et l’IRD et pourrait susciter d’autres expériences de ce type.
Ce vendredi 16 février a lieu un curieux événement sur la Canebière. Au numéro 63 de l’artère la plus connue de Marseille se tient l’inauguration, par les représentants d’Aix-Marseille Université (AMU), du CNRS, de l’Inserm et de l’IRD, d’une structure d’un nouveau genre : la Mission Europe pour la Recherche (MER). Cet événement marque l’aboutissement d’un projet né trois ans plus tôt au sein de l’initiative d’excellence
Vers un guichet unique pour candidater aux financements européens
La MER ambitionne désormais d’aller au-delà du CERCle. Pour illustrer le degré de mutualisation des services de la cellule dont elle vient d’être nommée responsable, Céline Damon compare le CERCle à « l’Europe des nations, qui collaborent ensemble pour des objectifs communs, alors que la MER c’est l’Europe fédérale, avec une intégration poussée de tous les établissements ». Ce haut degré d’intégration n’efface pas pour autant les besoins et les particularités de chaque organisme. S’instaure ainsi un classique exercice d’équilibre entre les partenaires phocéens, que résume la déléguée régionale du CNRS : « Il faut aller vers la simplification et la mutualisation tout en gardant la visibilité de chaque établissement ».
Nonobstant cette question, les quatre établissements se sont accordés en 2021, au vu des succès du CERCle, pour mutualiser leurs cellules Europe respectives au sein d’un « guichet unique » accessible à tout scientifique couvert par ces institutions, quel que soit son employeur. Ce guichet unique – la future MER – répond à deux objectifs. D’une part, simplifier le parcours administratif des scientifiques en quête d’un financement européen. D’autre part, augmenter et diversifier l’offre de services à destination de la communauté scientifique via la mutualisation des équipes des quatre partenaires et les nouveaux recrutements avec des profils diversifiés. La responsable de la MER voit ainsi dans cette cellule mutualisée « plus que la simple addition des forces des quatre établissements. Parce que l’on dispose de moyens supplémentaires et de personnels aux parcours différents, on offre à chaque scientifique un service sur-mesure ». Une telle individualisation du service rendu tient compte des leçons d’une étude conduite par les équipes au terme du programme H2020, qui avait découvert que dix unités de recherche captaient à elles seules plus de la moitié des subventions européennes, tandis qu’environ la moitié des laboratoires n’en avaient reçu aucune. Les succès et le focus sur les projets ERC se sont aussi fait au détriment des projets collaboratifs, qui ne représentaient que 30 % des subventions européennes obtenues alors que H2020 y consacrait quasiment les trois quarts de son budget.
Une co-création de la cellule mutualisée par ses agents
Forts de leur expérience et de leur savoir-faire en ingénierie de projets européens, les personnels des cellules Europe des quatre partenaires provençaux ont obtenu l’aval de leurs directions respectives pour imaginer une cellule mutualisée idéale, au service de la recherche et des scientifiques. C’est là l’une des singularités de la MER : en plus d’une co-construction stratégique entre institutions, elle est le fruit d’une co-création de la part de ses propres agents. Céline Damon, qui animait déjà le CERCle et, avec les équipes, s’émerveille encore du haut degré d’engagement en faveur de ce projet de la part des personnels qu’elle a à présent sous sa responsabilité : « ce sont les équipes qui ont construit le cœur de l’accompagnement opérationnel. La MER ne se serait jamais faite sans ses personnels ». Aux yeux de la responsable, si le projet a remporté les suffrages des agents, c’est autant parce qu’il confortait leur sens au travail, en facilitant le service qu’ils rendaient aux scientifiques, que parce qu’il offrait « une opportunité de monter en compétences et d’évoluer dans leur métier ». En témoigne l’opportunité octroyée aux personnels en place de se positionner, sur l’organigramme de la MER, sur le pôle Détection ou le pôle Ingénierie en fonction de leurs appétences.
Apparaît ainsi un dispositif bien plus complexe qu’il n’en a l’air. En effet, la simplification a été pensée et voulue pour les scientifiques qui se présentent au guichet unique. Derrière l’entrée de ce dernier, chacun des agents, qu’ils soient AMU (ou sa filiale Protisvalor
Même si la MER n’en est qu’à ses débuts, sa responsable la considère d’ores et déjà comme un « projet emblématique qui sert d’expérimentation pour d’autres sites ». Rien que sur le territoire marseillais, elle appelle déjà d’autres actions de mutualisation entre les partenaires de l’A*MIDEX. Aurélie Philippe confie par exemple que ces derniers ont dès à présent « commencé à travailler sur la coordination du pôle universitaire d’innovation, la mise en réseau des ingénieurs-transfert du CNRS et des business developpers d’AMU ». La MER offre ainsi une première réponse de la communauté académique aux recommandations du rapport Gillet, remis en juin 2023 à la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, qui préconisait notamment une simplification administrative et une meilleure coordination entre universités et organismes de recherche. Gageons qu’on puisse bientôt la voir danser au-delà des golfes clairs de Marseille.
Le plan d'action "Europe" du CNRS
Si le CNRS se réjouit d’être le premier bénéficiaire des programmes-cadres européens depuis leur origine, il existe encore une grande marge de progression possible qui nécessite de sensibiliser les équipes de recherche à l’intérêt scientifique de coordonner ou de participer à un projet de recherche européen et pour leur apporter un soutien dans le montage et le dépôt de projet au programme-cadre Horizon Europe. À cet effet, en 2021, la Direction Europe et International (DEI) du CNRS a déployé un plan d’action « Europe » et a notamment recruté massivement des ingénieur·es projets européens déployé·es sur l’ensemble du territoire - dont 5 sur le site d'Aix-Marseille - pour soutenir ses équipes.
« La politique d’incitation et d’accompagnement au dépôt de projets du CNRS sera d’autant plus efficace qu’elle sera menée en étroite collaboration avec ses partenaires académiques locaux », indique Etienne Snoeck, responsable du pôle Europe à la DEI. C’est dans cet esprit que la DEI a accompagné la MER dès son origine jusqu’à y mutualiser des personnels CNRS permanents et contractuels. « La MER est un projet pilote que le CNRS continuera à soutenir et dont il espère qu’elle inspirera des initiatives similaires dans de nombreux autres sites français que le CNRS accompagnera », précise-t-il.