Les Partenariats européens, une opportunité méconnue
Dispositif peu connu du programme-cadre Horizon Europe, les Partenariats comptent de nombreux atouts, entre possibilité d’orienter les priorités stratégiques de la Commission européenne, participation à des réseaux structurés et financements importants. Décryptage.
À retenir pour agir
En raison de leur format spécifique et de leur poids financier (près de 40% du pilier 2 d’Horizon Europe), les Partenariats européens constituent des dispositifs stratégiques dans lesquels les chercheurs et chercheuses ont tout intérêt à s’investir.
Le CNRS, qui participe à près d’un tiers des 60 Partenariats existants, est un acteur majeur de ce dispositif d’Horizon Europe.
L’implication des ingénieurs de projets européens, dont l’expertise peut bénéficier aux scientifiques, constitue une piste prometteuse pour renforcer la participation de l’organisme aux Partenariats.
Si les bourses du Conseil européen de la recherche (ERC) sont désormais bien identifiées des chercheurs et chercheuses du CNRS, un autre dispositif du programme-cadre européen pour la recherche et l’innovation Horizon Europe reste encore largement méconnu : les Partenariats. « Il s’agit d’un instrument qui réunit autour de la table la Commission européenne, les États membres, les acteurs académiques et les industriels pour mettre en commun des moyens autour de priorités scientifiques partagées », explique Daniel Lanzillotti Kimura, responsable des programmes européens à la direction Europe et International du CNRS.
Trois types de Partenariats
Il existe trois types de Partenariats européens qui disposent chacun de spécificités :
Co-programmés : définis autour de thématiques précises où la Commission européenne et des Associations de parties prenantes (chercheurs, industriels…) travaillent ensemble sur une programmation financière de recherche et d’innovation.
Institutionnalisés : structures autonomes auxquelles la Commission européenne confie la programmation financière et le suivi de projets sur des thématiques identifiées.
Co-financés : créés sur la volonté de différents États membres, sur des thématiques choisies entre les parties prenantes.
Créés en 2002, les Partenariats européens représentent 38% du pilier 2 d’Horizon Europe. Dédié aux problématiques mondiales et à la compétitivité industrielle européenne, ce dernier représente 53,5 Md€, soit plus de la moitié du budget du programme-cadre.
Le CNRS participe aujourd’hui à 18 des 60 Partenariats existants. Numérique, robotique, mais aussi hydrogène ou encore matériaux avancés : autant de thématiques qui présentent des enjeux majeurs de recherche et d’innovation, y compris de recherche fondamentale. Ainsi du Partenariat Batt4EU, créé en 2021 et dédié aux batteries. « La Commission européenne a choisi de flécher une somme importante pour la recherche sur les batteries en raison de leur pertinence dans les objectifs de décarbonation », détaille Mathieu Morcrette, directeur de recherche CNRS au Laboratoire de réactivité et de chimie des solides1 et représentant l’organisme au sein de BEPA, l'Association regroupant les organismes de recherche et les acteurs industriels pour le Partenariat Batt4EU. « L’objectif était de mettre en place une chaîne de valeur complète en Europe, qui va des matières premières jusqu’au recyclage et qui couvre différentes applications, comme la mobilité ou le stockage stationnaire pour équilibrer le réseau énergétique. Sur un sujet critique comme celui-ci, la collaboration étroite entre les partenaires est essentielle. »
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CNRS/Université de Picardie Jules Verne.
De nombreux atouts
Pour les scientifiques qui représentent le CNRS dans les Associations, l’enjeu de participation est majeur : contribuer à la programmation stratégique des Partenariats, dont découleront les appels à projets. « Je participe à la rédaction de l’agenda stratégique de recherche et d’innovation, un document de 200 pages qui détaille les priorités du Partenariat », précise Maud Marchal, enseignante-chercheuse INSA de Rennes à l’Institut de recherche en informatique et systèmes aléatoires (IRISA)1 et représentante CNRS au sein de la Virtual Worlds Association pour le Partenariat Mondes virtuels, lancé en décembre 2025. « Par ce biais, nous avons l’opportunité de mettre en avant les bons mots-clés dans cet agenda stratégique pour que cela corresponde aux activités de nos chercheurs et chercheuses en France ». Et ainsi répondre de façon efficace aux appels à projets du Partenariat.
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CNRS/Université de Rennes.
Autre atout : le réseau. « L’écosystème des batteries est déjà bien structuré, d’une part autour du Réseau pour le stockage électrochimique de l’énergie en France, et d’autre part autour du réseau ALISTORE en Europe », souligne Mathieu Morcrette, impliqué comme coordinateur dans deux anciens projets européens, Naiades (2015-2018) et Naima (2019-2023). « L’Association BEPA représente un échelon supplémentaire intéressant pour collaborer avec des partenaires académiques et industriels de façon plus étroite. » Maud Marchal, également responsable adjointe d’un groupement de recherche (GDR)1, abonde dans le même sens : « Le Partenariat Mondes virtuels réunit des organismes de recherche français, allemands, italiens, finlandais et espagnols. Il comprend également de grands groupes privés ou de petites start-ups, acteurs phares de la réalité virtuelle ».
Enfin, dernier apport : les financements. Batt4EU représente un investissement de 925 millions d’euros de la Commission européenne. À cela s’ajoute un montant équivalent en contributions volontaires (mise à disposition de main-d’œuvre et d’équipements) par les partenaires académiques et industriels. De même pour le Partenariat Mondes virtuels, auquel la Commission européenne prévoit d’allouer jusqu’à 200 millions d’euros. Cette enveloppe budgétaire importante bénéficie ensuite à l’ensemble de la communauté de recherche européenne. La participation des scientifiques en amont, dès la rédaction des agendas stratégiques, est donc essentielle.
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Informatique, Graphique, Réalité Virtuelle et Visualisation (IGRV). Un GDR est un réseau du CNRS qui rassemble des communautés scientifiques autour d’un domaine pour partager leurs connaissances et animer la recherche. Doté de missions et de financements propres, il est créé pour cinq ans au maximum et peut être renouvelé.
La piste du binôme entre scientifique et ingénieur de projets européens
Comment expliquer la faible notoriété des Partenariats européens malgré leurs nombreux atouts ? Si les appels à projets du pilier 2 d’Horizon Europe sont globalement peu attractifs pour les chercheurs et chercheuses en comparaison avec les bourses ERC, les Partenariats souffrent d’un autre inconvénient. « S’impliquer dans une Association demande un investissement important aux chercheurs et chercheuses », concède Daniel Lanzillotti Kimura à la direction Europe et International. Maud Marchal confirme : « Je pense que le principal problème, c’est le manque de temps. Même si au niveau personnel la curiosité scientifique l’emporte, la charge de travail reste conséquente ».
Une piste se dégage : la possibilité pour les chercheurs et chercheuses de bénéficier de l’expertise des ingénieurs de projets européens (IPE)1. La solution est expérimentée depuis 2024 à Batt4EU. Emma Prevignano, IPE au sein du LRCS, travaille ainsi avec Mathieu Morcrette et participe aux différents groupes de travail et à la rédaction de l’agenda stratégique. « L’écosystème européen peut être difficile d’accès, il faut de la patience pour y entrer », constate l’ingénieure de projets européens. « Le binôme entre d’une part un scientifique, qui apporte son expertise et sa crédibilité, et d’autre part un ingénieur de recherche, qui apporte ses connaissances en politique de recherche européenne et en montage de projets européens et assure un suivi régulier, représente un bon moyen de se répartir les tâches ».
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Support local proposé par le CNRS pour aider au montage des projets européens.
L’autre difficulté réside dans la complexité des Partenariats actuels. « Entre Partenariats co-programmés, institutionnalisés et co-financés, avec leurs règles et leurs compositions fluctuantes, le paysage est peu lisible aujourd’hui pour les scientifiques qui souhaiteraient s’impliquer », déplore Daniel Lanzillotti Kimura. Un enjeu bien identifié par la Commission européenne, qui a lancé une consultation publique à l’été 2026 pour restructurer en profondeur le dispositif. L’objectif est d’uniformiser la gouvernance, mais aussi de réduire le nombre de Partenariats, qui pourraient passer de 60 à une vingtaine. « Le CNRS est très impliqué dans ces réflexions », affirme Daniel Lanzillotti Kimura. « Nous espérons que les négociations donneront lieu à une réelle simplification pour les chercheurs et chercheuses et nous permettront de renforcer notre participation dans ces Partenariats européens ‘‘nouvelle formule’’. » Réponse avec le futur programme-cadre Horizon Europe, appelé FP10, qui entrera en vigueur en 2028.
Vous souhaitez en savoir plus sur les Partenariats européens ?
Les chercheurs et chercheuses intéressés peuvent contacter Ambrine Dumas (dei-europe@cnrs.fr), chargée d’affaires européennes au Bureau de Bruxelles du CNRS. Elle assure le suivi des Partenariats européens en lien avec Daniel Lanzillotti Kimura, responsable des programmes européens à la DEI, et Jean-Stéphane Dhersin, directeur du Bureau de Bruxelles.