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w 22 | L’enquête cnrs I EL JOUALNR Pour étudier le climat, les scientifiques combinent mesures satellites, prélèvements, observations sur le terrain et simulations numériques. q Depuis 1850, les stations météorologiques, renforcées depuis une trentaine d’années par les satellites, fournissent des données de plus en plus précises sur le climat. Mais, faute d’informations sur des époques reculées, difficile d’appréhender la complexité de la machine climatique terrestre. « Fort heureusement, la nature nous a légué toute une série d’archives naturelles qui témoignent des climats passés, explique Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), l’un des six laboratoires de l’IPSL. Ce sont, par exemple, les coraux, les sédiments, les calottes glaciaires, les glaciers, les stalagmites, les sols et les coquillages anciens ou les arbres, qui conservent une mémoire des conditions qui régnaient quand ils se sont formés. » Les carottes de glace extraites jusqu’à 3 270 mètres de profondeur près du pôle Sud par la collaboration européenne Epica, à laquelle le CNRS a participé, ont ainsi permis de décrire 800 000 ans de composition atmosphérique et de climat antarctique, et contribuent à faire connaître l’histoire des huit derniers cycles climatiques terrestres qui alternent entre périodes froides (glaciaires) et chaudes (interglaciaires) suivant les paramètres de l’orbite terrestre. « Pour pouvoir interpréter ces informations, il faut, aussi précisément que possible, comprendre comment le signal climatique s’imprime dans les paramètres biologiques, chimiques ou physiques des milieux, détaille Valérie Masson-Delmotte. Cela repose sur des observations in situ, comme celles que © L. AUGUSTIN/CNRS Phototh èqu e conduit mon collègue Dominique Genty sur des grottes du Sud-Ouest de la France, pour comprendre les processus qui relient climat de surface, infiltration d’eau, formation de la calcite et composition des stalagmites. » Les paléoclimatologues disposent pour ces analyses de méthodes toujours plus sophistiquées et applicables à des échantillons de plus en plus petits. « Il y a aussi un travail délicat de datation de ces archives pour pouvoir combiner les différents enregistrements climatiques obtenus pour une période donnée », précise Valérie Masson-Delmotte. Ces observations sont confrontées aux résultats des simulations conduites avec les mêmes modèles numériques que ceux utilisés pour comprendre les changements climatiques récents et à venir. « C’est important, par exemple, pour évaluer la sensibilité du climat, autrement dit le changement de température de surface induit par une perturbation de l’équilibre énergétique de la Terre », résume Valérie Masson-Delmotte. Sans oublier que les variations du climat intéressent aussi les historiens : ainsi, la dernière période glaciaire a été le point de départ d’une colonisation de nombreux territoires par nos ancêtres. contact : Valérie Masson-Delmotte > valerie.masson@lsce.ipsl.fr Dans les coulisses de la recherche 03 04 Le carottage de la glace en Antarctique permet de reconstituer la composition passée de l’atmosphère de la Terre. 05 Section d’une stalagmite de la grotte de Villars, en Dordogne, ayant enregistré les variations du climat entre – 82 000 et – 30 000 ans. Plongée dans dans les archives du passé 03 04 05 À voir sur le journal en ligne : le film Mais où sont les neiges d’antan ? © D. Gent y © p. ca rst en/gett y


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